Poésies, 1884· Sur les chemins Impressions de voyage Portugal-Espagne
XIX. La Señora pepe alba
Lorsque je visitai Séville,Mon triste cœur s’énamouraD’une très-adorable filleQu’au théâtre on vous montrera ;
Mais si pour mieux la reconnaître,Vous désirez d’elle un portrait,Moi qui fus son seigneur et maître,Je vous le ferai trait pour trait.
Elle est grande et brune et bien faite,Les yeux à fondre des glaçons ;Elle vous a des airs de têteQui vous font passer des frissons !
Sa lèvre, grenade fleurie,Qu’ombrage à peine un fol duvet.Laisse entrevoir, sans qu’on la prie.De merveilleuses dents de lait ;
Sur le bord de sa lèvre rose,La langue étroite d’un serpentMontre son dard et se repose,Et disparaît au même instant.
Le menton a cette fossetteQui fait rêver les amoureux,C’est de là que l’amour nous guetteEt nous rend fous, jeunes ou vieux.
Ses cheveux, que retient à peineUne résille d’or, sont roux.Plus drus et plus lourds que la laineD’un mérinos noir andaloux.
Des poils de couleur indécise,De la dent du peigne envolés,Marbrent la nuque et laissent priseAux calculs des écervelés.
Elle a la gorge ferme et ronde.Le tetin est un fruit vermeil :On croirait voir sortir de l’ondeLe disque rouge du soleil.
De sa croupe amoureuse et forte.Le mouvement précipitéDu meneo qui me transporte,Vous promet la félicité ;
Enfin son œil plein de tendresse,Flamboyant et chaud comme un four.Semble provoquer les caressesEt vous dire : Essaye à ton tour !
Telle, un beau jour, sous sa mantilleJe vis Pepe, la señora ;C’est la plus admirable filleQue jamais l’Espagne verra ;
Mais ne cherchez pas autre choseQue le plaisir non débattu,Dans cette maja brune et roseQui sourit et vous dit : Veux-tu ?
Car d’esprit, d’amour et de resteNéant, dans ce corps engourdi !La chère enfant, l’aimable pesteQue cette fille du Midi !
Son noble père — un fort brave homme.Sacristain de la Giralda,Pour une once d’or, — forte somme,Un beau matin me l’accorda,
Et j’eus la faveur souveraineDe succéder, — trêve aux grands mots,A la foule altière et sereineDe tous les nobles hidalgos.
Séville.
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a Séville / fille féminine, classiqueb s’énamoura / montrera masculine, classiquea reconnaître / maître féminine, classiqueb portrait / trait masculine, classiquea faite / tête féminine, classiqueb glaçons / frissons masculine, classiquea fleurie / prie féminine, classiqueb duvet / lait masculine, classiquea rose / repose féminine, classiqueb serpent / instant masculine, classiquea fossette / guette féminine, classiqueb amoureux / vieux masculine, classiquea peine / laine féminine, classiqueb roux / andaloux masculine, classiquea indécise / prise féminine, classiqueb envolés / écervelés masculine, classiquea ronde / l’onde féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea forte / transporte féminine, classiqueb précipité / félicité masculine, classiquea tendresse / caresses féminine, non classiqueb four / tour masculine, classiquea mantille / fille féminine, classiqueb señora / verra masculine, classiquea chose / rose féminine, classiqueb débattu / Veux-tu masculine, classiquea reste / peste féminine, classiqueb engourdi / Midi masculine, classiquea homme / somme féminine, classiqueb Giralda / l’accorda masculine, classiquea souveraine / sereine féminine, classiqueb mots / hidalgos masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie, 1884· numérisation archive.org· Sources