Poésies, 1884· Chansons de tous les pays
Ombre et lumière souvenir valaque
La vie est ce ruisseau‖ que l’on voit, à sa source,Mince filet d’argent,‖ babiller dans la mousse.Puis grossir, puis enfler‖ son cours trop vite accru,Puis devenir torrent‖ avec rage accouru.Puis fleuve immense et fort,‖ traînant parmi les herbesSa tunique éclatante‖ et ses ondes superbes.Puis décroitre et bientôt,‖ rétrécissant son lit,A son vêtement bleu‖ retirer plus d’un pli.Faire taire son flot‖ qui chantait dans les saules.Laisser plus d’un poisson‖ à sec sur ses épaules.S’enfoncer dans le sable‖ et disparaître aux yeux.Comme une étoile d’or‖ filant au front des cieux.
C’est encor ce rayon‖ que nous darde l’Aurore,Linéament douteux‖ qui bientôt se colore.Devient flèche du jour‖ et qui dans le ciel bleu,Sous nos regards scintille‖ en atome de feu ;Mais soudain ce rayon,‖ ce prisme, cet atomeDécoloré, blanchit‖ et meurt, pâle fantôme,Ne laissant rien de lui‖ qu’un triste souvenirEt l’espoir hasardeux‖ de le voir revenir.
Hélas ! telle est la vie…‖ un décroissement sombre.Le passage fatal‖ de la lumière à l’ombre.
Là-bas, lorsqu’un Valaque‖ a clos ses yeux mourans.Les amis du défunt,‖ ses proches, ses parens.Abandonnant soudain‖ la journée incomplète.Près du lit funéraire,‖ en beaux habits de fête.S’assemblent à la hâte‖ autour du trépassé ;Puis quand ils ont pleuré,‖ gémi, qu’ils ont assezMené le deuil selon‖ les anciennes pratiques.Le cadavre est conduit‖ vers les tombes antiques…
Chut ! voici le cortège ;‖ il descend au vallon.Et trace dans la plaine‖ un sinueux sillon ;Il approche : à genoux !‖ Le voilà qui défile.Toute la vie est là.Cher trésor si fragile.C’est l’enfant nouveau-né‖ qu’on porte dans les bras.Si jeune et cependant‖ réclamé du trépas.Puis l’enfant de cinq ans‖ que ce spectacle étrangeÉmerveille à la fois‖ et rend triste, cher ange !L’adolescent après‖ marche d’un pas plus sûr,Du ciel dans son regard‖ reflétant tout l’azur ;Le jouvenceau le suit,‖ gourmandant sa paresse ;Puis voici le jeune homme‖ au front plein d’allégresse.L’homme fait, l’homme mûr‖ et la virilitéOffrant un bras plus sûr‖ à la sénilité ;Enfin, derrière eux tous‖ et fermant le cortège.Le mort dans son linceul,‖ le mort que l’ombre assiègeEt qui va près des siens,‖ ancêtres glorieux.Reposer loin du bruit‖ au tombeau des aïeux.
Hélas ! telle est la vie…‖ un décroissement sombre.Le passage fatal‖ de la lumière à l’ombre.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 distiques
- Mots à la rime
- a source / mousse féminine, assonanteb accru / accouru masculine, classiquea herbes / superbes féminine, classiqueb lit / pli masculine, non classiquea saules / épaules féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea l’Aurore / colore féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiquea atome / fantôme féminine, classiqueb souvenir / revenir masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb mourans / parens masculine, classiquea incomplète / fête féminine, classiqueb trépassé / assez masculine, non classiquea pratiques / antiques féminine, classiqueb vallon / sillon masculine, classiquea défile / là / fragile féminine, classiqueb bras / trépas masculine, classiquea étrange / ange féminine, classiqueb sûr / l’azur masculine, classiquea paresse / d’allégresse féminine, classiqueb virilité / sénilité masculine, classiquea cortège / assiège féminine, classiqueb glorieux / aïeux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 1.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie, 1884· numérisation archive.org· Sources