Œuvres poétiques, 1790· Poésies antiques ‒ études
II. Le Mendiant
C’était quand le printemps‖ a reverdi les prés.La fille de Lycus,‖ vierge aux cheveux dorés,Sous les monts Achéens,‖ non loin de Cérynée,Errait à l’ombre, aux bords‖ du faible et pur Crathis ;Car les eaux du Crathis,‖ sous des berceaux de frêne,Entouraient de Lycus‖ le fertile domaine............................. Soudain, à l’autre bord,Du fond d’un bois épais,‖ un noir fantôme sortTout pâle, demi-nu,‖ la barbe hérissée :Il remuait à peine‖ une lèvre glacée,Des hommes et des dieux‖ implorait le secours,Et dans la forêt sombre‖ errait depuis deux jours.Il se traîne, il n’attend‖ qu’une mort douloureuse ;Il succombe. L’enfant,‖ interdite et peureuse,A ce hideux aspect‖ sorti du fond des bois,Veut fuir ; mais elle entend‖ sa lamentable voix.Il tend les bras, il tombe‖ à genoux ; il lui crieQu’au nom de tous les dieux‖ il la conjure, il prie,Et qu’il n’est point à craindre,‖ et qu’une ardente faimL’aiguillonne et le tue,‖ et qu’il expire enfin.
« Si, comme je le crois,‖ belle dès ton enfance,C’est le dieu de ces eaux‖ qui t’a donné naissance,Nymphe, souvent les vœux‖ des malheureux humainsOuvrent des immortels‖ les bienfaisantes mains.Ou si c’est quelque front‖ porteur d’une couronneQui te nomme sa fille‖ et te destine au trône,Souviens-toi, jeune enfant,‖ que le ciel quelquefoisVenge les opprimés‖ sur la tête des rois.Belle vierge, sans doute‖ enfant d’une déesse,Crains de laisser périr‖ l’étranger en détresse :L’étranger qui supplie‖ est envoyé des dieux. »Elle reste. A le voir‖ elle enhardit ses yeux,
............................ et d’une voix encoreTremblante : « Ami, le ciel‖ écoute qui l’implore.Mais ce soir, quand la nuit‖ descend sur l’horizon,Passe le pont mobile,‖ entre dans la maison ;J’aurai soin qu’on te laisse‖ entrer sans méfiance.Pour la douzième fois‖ célébrant ma naissance,Mon père doit donner‖ une fête aujourd’hui.Il m’aime, il n’a que moi ;‖ viens t’adresser à lui,C’est le riche Lycus.‖ Viens ce soir ; il est tendre,Il est humain : il pleure‖ aux pleurs qu’il voit répandre. »Elle achève ces mots,‖ et, le cœur palpitant,S’enfuit ; car l’étranger‖ sur elle, en l’écoutant,Fixait de ses yeux creux‖ l’attention avide.Elle rentre, cherchant‖ dans le palais splendideL’esclave près de qui‖ toujours ses jeunes ansTrouvent un doux accueil‖ et des soins complaisants.Cette sage affranchie‖ avait nourri sa mère ;Maintenant sous des lois‖ de vigilance austère,Elle et son vieil époux,‖ au devoir rigoureux,Rangent des serviteurs‖ le cortège nombreux.Elle la voit de loin‖ dans le fond du portique,Court, et, posant ses mains‖ sur ce visage antique :
« Indulgente nourrice,‖ écoute : il faut de toiQue j’obtienne un grand bien.‖ Ma mère, écoute-moi :Un pauvre, un étranger,‖ dans la misère extrême,Gémit sur l’autre bord,‖ mourant, affamé, blême…Ne me décèle point.‖ De mon père aujourd’huiJ’ai promis qu’il pourrait‖ solliciter l’appui.Fais qu’il entre ; et surtout,‖ ô mère de ma mère !Garde que nul mortel‖ n’insulte à sa misère.
« — Oui, ma fille ; chacun‖ fera ce que tu veux,Dit l’esclave en baisant‖ son front et ses cheveux :Oui, qu’à ton protégé‖ ta fête soit ouverte.Ta mère, mon élève‖ (inestimable perte !)Aimait à soulager‖ les faibles abattus :Tu lui ressembleras‖ autant par tes vertusQue par tes yeux si doux‖ et tes grâces naïves. »
Mais cependant la nuit‖ assemble les convives :En habits somptueux,‖ d’essences parfumés,Ils entrent. Aux lambris‖ d’ivoire et d’or formésPend le lin d’Ionie‖ en brillantes courtines ;Le toit s’égaye et rit‖ de mille odeurs divines.La table au loin circule,‖ et d’apprêts savoureuxSe charge. L’encens vole‖ en longs flots vaporeux ;Sur leurs bases d’argent,‖ des formes animéesÉlèvent dans leurs mains‖ des torches enflammées ;Les figures, l’onyx,‖ le cristal, les métauxEn vases hérissés‖ d’hommes ou d’animaux,Partout, sur les buffets,‖ sur la table, étincellent ;Plus d’une lyre est prête ;‖ et partout s’amoncellentEt les rameaux de myrte‖ et les bouquets de fleurs.On s’étend sur les lits‖ teints de mille couleurs ;Près de Lycus, sa fille,‖ idole de la fête,Est admise. La rose‖ a couronné sa tête.Mais, pour que la décence‖ impose un juste frein,Lui-même est par eux tous‖ élu roi du festin.Et déjà vins, chansons,‖ joie, entretiens sans nombre,Lorsque, la double porte‖ ouverte, un spectre sombreEntre, cherchant des yeux‖ l’autel hospitalier.La jeune enfant rougit.‖ Il court vers le foyer ;Il embrasse l’autel,‖ s’assied parmi la cendre ;Et tous, l’œil étonné,‖ se taisent pour l’entendre.
« Lycus, fis d’Événon,‖ que les dieux et le tempsN’osent jamais troubler‖ tes destins éclatants !Ta pourpre, tes trésors,‖ ton front noble et tranquille,Semblent d’un roi puissant,‖ l’idole de sa ville.A ton riche banquet‖ un peuple conviéT’honore comme un dieu‖ de l’Olympe envoyé.Regarde un étranger‖ qui meurt dans la poussière,Si tu ne tends vers lui‖ la main hospitalière.Inconnu, j’ai franchi‖ le seuil de ton palais ;Trop de pudeur peut nuire‖ à qui vit de bienfaits.Lycus, par Jupiter,‖ par ta fille innocenteQui m’a seule indiqué‖ ta porte bienfaisante !…Je fus riche autrefois :‖ mon banquet opulentN’a jamais repoussé‖ l’étranger suppliant.Et pourtant aujourd’hui‖ la faim est mon partage,La faim qui flétrit l’âme‖ autant que le visage,Par qui l’homme souvent,‖ importun, odieux,Est contraint de rougir‖ et de baisser les yeux !
« — Étranger, tu dis vrai,‖ le hasard téméraireDes bons ou des méchants‖ fait le destin prospère.Mais sois mon hôte. Ici‖ l’on hait plus que l’enferLe public ennemi,‖ le riche au cœur de fer,Enfant de Némésis,‖ dont le dédain barbareAux besoins des mortels‖ ferme son cœur avare.Je rends grâce à l’enfant‖ qui t’a conduit ici.Ma fille, c’est bien fait ;‖ poursuis toujours ainsi !Respecter l’indigence‖ est un devoir suprême.Souvent les immortels‖ (et Jupiter lui-même)Sous des haillons poudreux,‖ de seuil en seuil traînés,Viennent tenter le cœur‖ des humains fortunés. »D’accueil et de faveur‖ un murmure s’élève.Lycus descend, accourt,‖ tend la main, le relève :« Salut, père étranger ;‖ et que puissent tes vœuxTrouver le ciel propice‖ à tout ce que tu veux !Mon hôte, lève-toi.‖ Tu parais noble et sage ;Mais cesse avec ta main‖ de cacher ton visage.Souvent marchent ensemble‖ Indigence et Vertu ;Souvent d’un vil manteau‖ le sage revêtu,Seul, vit avec les dieux‖ et brave un sort inique.Couvert de chauds tissus,‖ à l’ombre du portique,Sur de molles toisons,‖ en un calme sommeil,Tu peux ici, dans l’ombre,‖ attendre le soleil.Je te ferai revoir‖ tes foyers, ta patrie,Tes parents, si les dieux‖ ont épargné leur vie.Car tout mortel errant‖ nourrit un long amourD’aller revoir le sol‖ qui lui donna le jour.Mon hôte, tu franchis‖ le seuil de ma familleA l’heure qui jadis‖ a vu naître ma fille.Salut ! Vois, l’on t’apporte‖ et la table et le pain :Sieds-toi. Tu vas d’abord‖ rassasier ta faim.Puis, si nulle raison‖ ne te force au mystère,Tu nous diras ton nom,‖ ta patrie et ton père. »Il retourne à sa place‖ après que l’indigentS’est assis. Sur ses mains,‖ d’une aiguière d’argent,Par une jeune esclave‖ une eau pure est versée.Une table de cèdre,‖ où l’éponge est passée,S’approche, et vient offrir‖ à son avide mainEt les fumantes chairs‖ sur le disque d’airain,Et l’amphore vineuse,‖ et la coupe aux deux anses.« Mange et bois, dit Lycus ;‖ oublions les souffrances,Ami ! leur lendemain‖ est, dit-on, un beau jour. »
Bientôt Lycus se lève‖ et fait emplir sa coupeEt veut que l’échanson‖ verse à toute la troupe :« Pour boire à Jupiter,‖ qui nous daigne envoyerL’étranger devenu‖ l’hôte de mon foyer. »Le vin de main en main‖ va coulant à la ronde ;Lycus lui-même emplit‖ une coupe profonde,L’envoie à l’étranger.‖ « Salut, mon hôte, bois.De ta ville bientôt‖ tu reverras les toits,Fussent-ils par delà‖ les glaces du Caucase. »Des mains de l’échanson‖ l’étranger prend le vase,Se lève ; sur eux tous‖ il invoque les dieux.On boit ; il se rassied.‖ Et jusque sur les yeuxSes noirs cheveux toujours‖ ombrageant son visage,De sourire et de plainte‖ il mêle son langage.« Mon hôte, maintenant‖ que sous tes nobles toitsDe l’importun besoin‖ j’ai calmé les abois,Oserai-je à ma langue‖ abandonner les rênes ?Je n’ai plus ni pays,‖ ni parents, ni domaines.Mais écoute : le vin,‖ par toi-même versé,M’ouvre la bouche. Ainsi,‖ puisque j’ai commencé,Entends ce que peut-être‖ il eût mieux valu taire.Excuse enfin ma langue,‖ excuse ma prière ;Car du vin, tu le sais,‖ la téméraire ardeurSouvent à l’excès même‖ enhardit la pudeur.Meurtri de durs cailloux‖ ou de sables arides,Déchiré de buissons‖ ou d’insectes avides,D’un long jeûne flétri,‖ d’un long chemin lassé,Et de plus d’un grand fleuve‖ en nageant traversé,Je parais énervé,‖ sans vigueur, sans courage ;Mais je suis né robuste‖ et n’ai point passé l’âge.La force et le travail,‖ que je n’ai point perdus,Par un peu de repos‖ me vont être rendus.Emploie alors mes bras‖ à quelques soins rustiques.Je puis dresser au char‖ tes coursiers olympiques,Ou sous les feux du jour,‖ courbé vers le sillon,Presser deux forts taureaux‖ du piquant aiguillon.Je puis même, tournant‖ la meule nourricière,Broyer le pur froment‖ en farine légère.Je puis, la serpe en main,‖ planter et dirigerEt le cep et la treille,‖ espoir de ton verger.Je tiendrai la faucille‖ ou la faux recourbée,Et devant mes pas l’herbe‖ ou la moisson tombéeViendra remplir ta grange‖ en la belle saison ;Afin que nul mortel‖ ne dise en ta maison,Me regardant d’un œil‖ insultant et colère :« O vorace étranger,‖ qu’on nourrit à rien faire ! »
« — Vénérable indigent,‖ va, nul mortel chez moiN’oserait élever‖ sa langue contre toi.Tu peux ici rester,‖ même oisif et tranquille,Sans craindre qu’un affront‖ ne trouble ton asile.— L’indigent se méfie.‖ — Il n’est plus de danger.— L’homme est né pour souffrir.‖ — Il est né pour changer.— Il change d’infortune !‖ — Ami, reprends courage :Toujours un vent glacé‖ ne souffle point l’orage.Le ciel d’un jour à l’autre‖ est humide ou serein,Et tel pleure aujourd’hui‖ qui sourira demain.
« — Mon hôte, en tes discours‖ préside la sagesse.Mais quoi ! la confiante‖ et paisible richesseParle ainsi !… L’indigent‖ espère en vain du sort ;En espérant toujours‖ il arrive à la mort.Dévoré de besoins,‖ de projets, d’insomnie,Il vieillit dans l’opprobre‖ et dans l’ignominie.Rebuté des humains‖ durs, envieux, ingrats,Il a recours aux dieux‖ qui ne l’entendent pas.Toutefois ta richesse‖ accueille mes misères ;Et puisque ton cœur s’ouvre‖ à la voix des prières,Puisqu’il sait, ménageant‖ le faible humilié,D’indulgence et d’égards‖ tempérer la pitié,S’il est des dieux du pauvre,‖ ô Lycus ! que ta vieSoit un objet pour tous‖ et d’amour et d’envie !
« — Je te le dis encore :‖ espérons, étranger.Que mon exemple au moins‖ serve à t’encourager.Des changements du sort‖ j’ai fait l’expérience.Toujours un même éclat‖ n’a point à l’indigenceFait du riche Lycus‖ envier le destin :J’ai moi-même été pauvre‖ et j’ai tendu la main.Cléotas de Larisse,‖ en ses jardins immenses,Offrit à mon travail‖ de justes récompenses.« Jeune ami, j’ai trouvé‖ quelques vertus en toi ;« Va, sois heureux, dit-il,‖ et te souviens de moi. »Oui, oui, je m’en souviens :‖ Cléotas fut mon père,Tu vois le fruit des dons‖ de sa bonté prospère.A tous les malheureux‖ je rendrai désormaisCe que dans mon malheur‖ je dus à ses bienfaits.Dieux, l’homme bienfaisant‖ est votre cher ouvrage ;Vous n’avez point ici‖ d’autre visible image ;Il porte votre empreinte,‖ il sortit de vos mainsPour vous représenter‖ aux regards des humains.Veillez sur Cléotas !‖ Qu’une fleur éternelle,Fille d’une âme pure,‖ en ses traits étincelle ;Que nombre de bienfaits,‖ ce sont là ses amours,Fassent une couronne‖ à chacun de ses jours ;Et quand une mort douce‖ et d’amis entouréeRecevra sans douleur‖ sa vieillesse sacrée,Qu’il laisse avec ses biens‖ ses vertus pour appuiA des fils, s’il se peut,‖ encor meilleurs que lui.« — Hôte des malheureux,‖ le sort inexorableNe prend point les avis‖ de l’homme secourable.Tous, par sa main de fer‖ en aveugles poussés,Nous vivons ; et tes vœux‖ ne sont point exaucés.Cléotas est perdu ;‖ son injuste patrieL’a privé de ses biens ;‖ elle a proscrit sa vie.De ses concitoyens‖ dès longtemps envié,De ses nombreux amis‖ en un jour oublié,Au lieu de ces tapis‖ qu’avait tissus l’Euphrate,Au lieu de ces festins‖ brillants d’or et d’agateOù ses hôtes, parmi‖ les chants harmonieux,Savouraient jusqu’au jour‖ les vins délicieux,Seul maintenant, sa faim,‖ visitant les feuillages,Dépouille les buissons‖ de quelques fruits sauvages ;Ou, chez le riche altier‖ apportant ses douleurs,Il mange un pain amer‖ tout trempé de ses pleurs.Errant et fugitif,‖ de ses beaux jours de gloireGardant, pour son malheur,‖ la pénible mémoire,Sous les feux du midi,‖ sous le froid des hivers,Seul, d’exil en exil,‖ de déserts en déserts,Pauvre et semblable à moi,‖ languissant et débile,Sans appui qu’un bâton,‖ sans foyer, sans asile,Revêtu de ramée‖ ou de quelques lambeaux,Et sans que nul mortel‖ attendri sur ses mauxD’un souhait de bonheur‖ le flatte et l’encourage ;Les torrents et la mer,‖ l’aquilon et l’orage,Les corbeaux, et des loups‖ les tristes hurlementsRépondant seuls la nuit‖ à ses gémissements ;N’ayant d’autres amis‖ que les bois solitaires,D’autres consolateurs‖ que ses larmes amères,Il se traîne ; et souvent‖ sur la pierre il s’endortA la porte d’un temple,‖ en invoquant la mort.
« — Que m’as-tu dit ? La foudre‖ a tombé sur ma tête.Dieux ! ah ! grands dieux ! partons.‖ Plus de jeux, plus de fête,Partons. Il faut vers lui‖ trouver des chemins sûrs ;Partons. Jamais sans lui‖ je ne revois ces murs.Ah ! dieux ! quand dans le vin,‖ les festins, l’abondance,Enivré des vapeurs‖ d’une folle opulence,Celui qui lui doit tout‖ chante, et s’oublie, et rit,Lui peut-être il expire,‖ affamé, nu, proscrit,Maudissant, comme ingrat,‖ son vieil ami qui l’aime.Parle : était-ce bien lui ?‖ le connais-tu toi-même ?En quels lieux était-il ?‖ où portait-il ses pas ?Il sait où vit Lycus,‖ pourquoi ne vient-il pas ?Parle : était-ce bien lui ?‖ parle, parle, te dis-je :Où l’as-tu vu ? — Mon hôte,‖ à regret je t’afflige.C’était lui, je l’ai vu ........................................................ Les douleurs de son âmeAvaient changé ses traits.‖ Ses deux fils et sa femme,A Delphes, confiés‖ au ministre du dieu,Vivaient de quelques dons‖ offerts dans le saint lieu.Par des sentiers secrets‖ fuyant l’aspect des villes,On les avait suivis‖ jusques aux Thermopyles.Il en gardait encore‖ un douloureux effroi.Je le connais ; je fus‖ son ami comme toi.D’un même sort jaloux‖ une même injusticeNous a tous deux plongés‖ au même précipice.Il me donna jadis‖ (ce seul bien m’est resté)Sa marque d’alliance‖ et d’hospitalité.Vois si tu la connais.‖ » — De surprise immobile,Lycus a reconnu‖ son propre sceau d’argile ;Ce sceau, don mutuel‖ d’immortelle amitié,Jadis à Cléotas‖ par lui-même envoyé.
Il ouvre un œil avide,‖ et longtemps envisageL’étranger. Puis enfin‖ sa voix trouve un passage.« Est-ce toi, Cléotas ?‖ toi qu’ainsi je revoi ?Tout ici t’appartient.‖ O mon père ! est-ce toi ?Je rougis que mes yeux‖ aient pu te méconnaître.Cléotas ! ô mon père !‖ ô toi qui fus mon maître,Viens ; je n’ai fait ici‖ que garder ton trésor,Et ton ancien Lycus‖ veut te servir encor ;J’ai honte à ma fortune‖ en regardant la tienne. »Et, dépouillant soudain‖ la pourpre tyrienneQue tient sur son épaule‖ une agrafe d’argent,Il l’attache lui-même‖ à l’auguste indigent.Les convives levés‖ l’entourent ; l’allégresseRayonne en tous les yeux.‖ La famille s’empresse ;On cherche des habits,‖ on réchauffe le bain.La jeune enfant approche ;‖ il rit, lui tend la main :« Car c’est toi, lui dit-il,‖ c’est toi qui, la première,Ma fille, m’as ouvert‖ la porte hospitalière. »
Versification
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a prés / dorés masculine, classiqueb Cérynée / hérissée / glacée féminine, classiquec frêne / domaine féminine, classiqued bord / sort masculine, classiquef secours / jours masculine, classiqueg douloureuse / peureuse féminine, classiqueh bois / voix masculine, classiquej crie / prie féminine, classiquek faim / enfin masculine, classiquel enfance / naissance féminine, classiquem humains / mains masculine, classiquen couronne / trône féminine, classiqueh quelquefois / rois masculine, classiquep déesse / détresse féminine, équivalenteq dieux / yeux masculine, classiquer encore / l’implore féminine, classiques l’horizon / maison masculine, classiquel méfiance / naissance féminine, classiquet aujourd’hui / lui masculine, classiqueu tendre / répandre féminine, classiquev palpitant / l’écoutant masculine, classiquew avide / splendide féminine, classiquex ans / complaisants masculine, classiquey mère / austère féminine, classiqueq rigoureux / nombreux masculine, classiquez portique / antique féminine, classiquea toi / écoute-moi masculine, classiqueb extrême / blême féminine, classiquet aujourd’hui / l’appui masculine, classiquey mère / misère féminine, classiqueq veux / cheveux masculine, classiquec ouverte / perte féminine, classiqued abattus / vertus masculine, classiquee naïves / convives féminine, classiquea parfumés / formés masculine, classiquef courtines / divines féminine, classiqueq savoureux / vaporeux masculine, classiqueg animées / enflammées féminine, classiqueh métaux / d’animaux masculine, classiquei étincellent / s’amoncellent féminine, classiquej fleurs / couleurs masculine, classiquek fête / tête féminine, classiquek frein / festin masculine, classiquel nombre / sombre féminine, classiquem hospitalier / foyer masculine, classiqueu cendre / l’entendre féminine, classiquex temps / éclatants masculine, classiquen tranquille / ville féminine, classiquem convié / envoyé masculine, classiquey poussière / hospitalière féminine, classiqueo palais / bienfaits masculine, classiquep innocente / bienfaisante féminine, classiquev opulent / suppliant masculine, classiqueq partage / visage féminine, classiqueq odieux / yeux masculine, classiquey téméraire / prospère féminine, classiquer l’enfer / fer masculine, classiques barbare / avare féminine, classiquet ici / ainsi masculine, classiqueb suprême / lui-même féminine, classiquea traînés / fortunés masculine, classiquet s’élève / relève féminine, classiqueq vœux / veux masculine, classiqueq sage / visage féminine, classiqueu Vertu / revêtu masculine, classiquez inique / portique féminine, classiquev sommeil / soleil masculine, classiquej patrie / vie féminine, classiquew amour / jour masculine, classiquen famille / fille féminine, classiquek pain / faim masculine, classiquey mystère / père féminine, classiquev l’indigent / d’argent masculine, classiqueb versée / passée féminine, classiquek main / d’airain masculine, classiquex anses / souffrances féminine, classiquey coupe / troupe féminine, classiquem envoyer / foyer masculine, classiquez ronde / profonde féminine, classiqueh bois / toits masculine, classiquea Caucase / vase féminine, classiqueq visage / langage féminine, classiqueh toits / abois masculine, classiqueb rênes / domaines féminine, classiquem versé / commencé masculine, classiquey taire / prière féminine, classiquec ardeur / pudeur masculine, classiqued arides / avides féminine, classiquem lassé / traversé masculine, classiqueq courage / l’âge féminine, classiqued perdus / rendus masculine, classiquee rustiques / olympiques féminine, classiques sillon / aiguillon masculine, classiquey nourricière / légère féminine, classiquem diriger / verger masculine, classiqueb recourbée / tombée féminine, classiques saison / maison masculine, classiquey colère / faire féminine, classiquea moi / toi masculine, classiquen tranquille / asile féminine, classiquem danger / changer masculine, classiqueq courage / l’orage féminine, classiquek serein / demain masculine, classiquep sagesse / richesse féminine, classiquee sort / mort masculine, classiquej d’insomnie / l’ignominie féminine, classiquef ingrats / pas masculine, classiqueg misères / prières féminine, classiquem humilié / pitié masculine, classiquej vie / d’envie féminine, classiquem étranger / t’encourager masculine, classiquel l’expérience / l’indigence féminine, classiquek destin / main masculine, classiquex immenses / récompenses féminine, classiquea toi / moi masculine, classiquey père / prospère féminine, classiqueo désormais / bienfaits masculine, classiqueq ouvrage / image féminine, classiquem mains / humains masculine, classiqueh éternelle / étincelle féminine, classiquef amours / jours masculine, classiqueb entourée / sacrée féminine, classiquet appui / lui masculine, classiquei inexorable / secourable féminine, classiquea poussés / exaucés masculine, classiquem envié / oublié masculine, classiquej l’Euphrate / d’agate féminine, classiqueq harmonieux / délicieux masculine, classiquek feuillages / sauvages féminine, classiquej douleurs / pleurs masculine, classiquel gloire / mémoire féminine, classiquem hivers / déserts masculine, classiquen débile / asile féminine, classiqueh lambeaux / maux masculine, classiqueq l’encourage / l’orage féminine, classiquex hurlements / gémissements masculine, classiqueg solitaires / amères féminine, classiquee s’endort / mort masculine, classiquek tête / fête féminine, classiquen sûrs / murs masculine, classiquel l’abondance / opulence féminine, classiqueo rit / proscrit masculine, classiqueb l’aime / toi-même féminine, classiquef pas masculine, classiquep dis-je / t’afflige féminine, classiqueq âme / femme féminine, classiquer dieu / lieu masculine, classiques villes / Thermopyles féminine, classiquea effroi / toi masculine, classiquet injustice / précipice féminine, classiquem resté / d’hospitalité masculine, classiquen immobile / d’argile féminine, classiquem amitié / envoyé masculine, classiqueq envisage / passage féminine, classiquea revoi / toi masculine, classiqueu méconnaître / maître féminine, classiquev trésor / encor masculine, classiquec tienne / tyrienne féminine, classiquev d’argent / indigent masculine, classiquep l’allégresse / s’empresse féminine, classiquek bain / main masculine, classiquey première / hospitalière féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
332 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Alphonse Lemerre, éditeur, 1899· numérisation gallica.bnf.fr· Sources