Œuvres poétiques, 1790· Poèmes
Les Cyclopes Littéraires
Chant premier
CE n’est plus un sommet‖ serein, couvert de fleurs,Qu’habitent aujourd’hui‖ les poétiques sœurs ;C’est l’antre de Lemnos,‖ sombre et sinistre asile,Où vingt Cyclopes noirs‖ et d’envie et de bile,Prompts à souffler des feux‖ par la haine allumés,Trempent aux eaux du Styx‖ leurs traits envenimés ;Et d’outrage, de fiel,‖ de calomnie amère,Forgent sous le marteau‖ l’ïambe sanguinaire.
Toi donc, ô dieu des vers,‖ qui nourris de tes eauxTon interprète heureux,‖ le sage Despréaux,Et Voltaire, et Corneille,‖ et l’âme de Racine,Et Malherbe, et Lebrun‖ à la lyre divine,Et ce rêveur charmant‖ chez qui, jusqu’aux poissons,Tout parle, tout, pour l’homme,‖ a d’utiles leçons ;Et deux ou trois encor,‖ honneur de ton empire,Que la France a vus naître‖ et que l’Europe admire,Donne-moi de pouvoir‖ sous leurs riches palmiersFaire germer aussi‖ mes timides lauriers !Donne-moi, d’un poète,‖ esprit, gloire, génie,Tout, excepté pourtant‖ l’enfantine manieDe tel, qui, possédé‖ de son docte travers,Inepte et bête à tout‖ ce qui n’est pas des vers,Ridicule jouet‖ d’une verve inquiète,A toute heure est poète‖ et n’est rien que poète.Pour tout esprit bien fait‖ les lettres ont des charmes.A ce penchant si doux‖ on voudrait obéir ;Les lettrés ont pris soin‖ de les faire haïr,Elles n’ont point ici‖ d’ennemis plus contrairesQue ces brigands pompeux,‖ ministres littéraires,Dont la ligue, formée‖ en corps tumultueux,Repousse l’homme simple,‖ et droit, et vertueux.Ah ! de quelque laurier‖ que leur main nous honore,Il faut les bien aimer‖ pour les aimer encore,Quand d’un œil studieux‖ on a vu tour à tourQuels indignes humains‖ commandent dans leur cour.
Mais il fait beau les voir‖ s’écriant tous ensemble,Tels qu’en un carrefour‖ où la meute s’assemble,Des dogues, l’œil ardent‖ et luttant à grands cris,D’un festin nuptial‖ s’arrachant les débris ;D’une triste assemblée,‖ immolée à leurs veilles,Se disputer entre eux‖ les yeux et les oreilles.L’un au loin dans Strabon‖ voyage et s’applaudit ;L’autre un calcul en main‖ l’arrête et l’interdit ;Mais l’autre au milieu d’eux,‖ toujours, toujours poète,Improvise, extravague,‖ embouche la trompette,Répond en hémistiche‖ et cite de grands motsQu’au théâtre le soir‖ mugit quelque héros.De la société‖ tyrans présomptueux ;Haïssant, dédaignant‖ tout ce qui n’est pas eux,Chacun, dans son esprit,‖ se couronnant d’avance,Épouse avidement‖ un art, une science,Ne voit, ne connaît qu’elle,‖ et la tient dans ses bras,Et répudie au loin‖ tout ce qu’il ne sait pas.La prose humble et tremblante,‖ à l’orateur laissée,N’est au rimeur altier‖ qu’un objet de risée.Mais tous deux ils font voir‖ par preuves et bons motsQue de parler suffit,‖ et qu’il n’est que des sotsQui jusques à Newton‖ puissent vouloir descendre,Ou des siècles éteints‖ ressusciter la cendre.Lors un pédant, armé‖ de vers grecs et romains,Nous dit, non en français,‖ que nos efforts sont vains ;Que la mémoire est tout ;‖ qu’il ne faut plus écrireRien qu’autrefois Auguste‖ ou Platon n’ait dû lire ;Mais un chiffreur pensif,‖ de tels discours blessé,Lève un front triste et sec‖ d’algèbre hérissé,Il calcule, et conclut‖ que, de ces mots profanes,Il résulte que Grecs‖ et Romains sont des ânes ;Mesure en quel rapport‖ Homère, près de lui,N’est qu’un rêveur pétri‖ de sottise et d’ennui,Et ne sait pas (hélas !‖ il s’ignore lui-même)Qu’on peut être aussi sot‖ à résoudre un problèmeQu’à rimer un chef-d’œuvre‖ au journal admiré,Ou rétablir dans Pline‖ un mot défiguré.Tout blesse leur oreille‖ active et soupçonneuse ;Leur vanité colère,‖ inquiète, épineuse,Veille autour d’eux, et va,‖ sans choix et sans raison,Distillant au hasard‖ le miel ou le poison.Leur vie est un amas‖ d’amitiés incertaines,De riens sonnés bien haut,‖ de scandaleuses haines.Ils les prêchent au monde,‖ ils en parlent aux rois.Pour eux la renommée‖ a trop peu de cent voix.De leurs moindres pensers,‖ qu’ils aiment, qu’ils haïssent,Il faut que les marchés,‖ que les toits retentissent.Vains amis d’un moment,‖ ennemis imprévus ;Sages en cela seul‖ que, d’eux-mêmes connus,De leur propre suffrage‖ ils ne tiennent nul compte.D’affronts capricieux‖ ils accablent sans honte.Ceux même qu’autrefois‖ d’éloges ampoulésSans honte et sans scrupule‖ ils avaient accablés.Admirer le premier,‖ et sur l’autre, en silence,Fermer l’œil de la sage‖ et bénigne indulgence.En effet, plat orgueil,‖ folle prétention,Puériles détours‖ de leur ambitionQue l’éloge d’un autre‖ assassine et déchire.Leur mérite se plaît‖ et se choie et s’admire,Du seul nom de rival‖ leur gloire est alarmée.Tout succès est un vol‖ fait à leur renommée.Envieux et jaloux‖ même dans l’avenir,Des beaux-arts, pour eux seuls,‖ la route a dû s’ouvrir.Tout ce qu’ils n’ont point fait,‖ ce qu’un autre peut faire,Ce que des jours humains‖ la rapide carrièreNe leur a point permis‖ eux-mêmes de tenter,Ils s’indignent qu’un autre‖ ose l’exécuter.Ils voudraient, après eux,‖ seuls remplir la mémoire ;Éteindre en expirant‖ le germe de la gloire ;Emporter avec eux‖ arts, muses et lauriers,Comme au jour de leur mort,‖ cadavres meurtriers,Des monarques d’Asie,‖ en leurs tombes jalouses,Entraînent avec eux‖ tout leur peuple d’épouses,De peur qu’un autre hymen,‖ prompt à les engager,Les fit mères encore‖ en un lit étranger.Ainsi, tel qui, souvent‖ aveugle à se connaître,D’injustice envers lui‖ nous accuse peut-être,Vit et meurt justement‖ à lui-même réduit,Seul, loin du monde entier‖ qui le loue et le fuit.C’est se faire à soi-même‖ un bien cruel martyre !Leur cœur, leur intérêt‖ ne pourraient-ils leur direQu’il est bon de savoir,‖ par d’illustres écrits,Disputer dans les arts‖ et remporter des prix,Mais qu’il faudrait encor‖ s’appliquer à bien vivre ;Être grand dans son âme‖ et non pas dans son livre ;D’une égale amitié‖ savoir chérir les nœuds ;Laisser à ses amis,‖ en mourant auprès d’eux,Par de douces vertus,‖ meilleures que la gloire,Les larmes, les regrets‖ d’une longue mémoire ?Ah ! j’atteste les cieux‖ que j’ai voulu le croire ;J’ai voulu démentir‖ et mes yeux et l’histoire.Mais non ! Il n’est pas vrai‖ que des cœurs excellentsSoient les seuls, en effet,‖ où germent les talents.Un mortel peut toucher‖ une lyre sublime,Et n’avoir qu’un cœur faible,‖ étroit, pusillanime ;Inhabile aux vertus‖ qu’il sait si bien chanter,Ne les imiter point‖ et les faire imiter.Se louant dans autrui,‖ tout poète le nommeLe premier des mortels,‖ un héros, un grand homme.On prodigue aux talents‖ ce qu’on doit aux vertus.Mais ces titres pompeux‖ ne m’abuseront plus.Son génie est fécond,‖ il pénètre, il enflamme,D’accord. Sa voix émeut,‖ ses chants élèvent l’âme,Soit. C’est beaucoup, sans doute,‖ et ce n’est point assez.Sait-il voir ses talents‖ par d’autres effacés ?Est-il fort à se vaincre,‖ à pardonner l’offense ?Aux sages méconnus‖ qu’opprime l’ignorance,Prête-t-il de sa voix‖ le courageux appui ?Vrai, constant, toujours juste,‖ et même contre lui,Homme droit, ami sûr,‖ doux, modeste, sincère,Ne verra-t-on jamais‖ l’espoir d’un beau salaire,Les caresses des grands,‖ l’or, ni l’adversitéAbaisser de son cœur‖ l’indomptable fierté ?Il est grand homme alors.‖ Mais nous, peuple inutile,Grands hommes pour savoir‖ avec un art facile,Des syllabes, des mots,‖ arbitres souverains,En un sonore amas‖ de vers alexandrins,Des rimes aux deux voix,‖ famille ingénieuse,Promener deux à deux‖ la file harmonieuse !…
Chant deuxième
D’imbéciles valets,‖ peuple singe du maître,L’amènent en riant‖ dès qu’il vient à paraître.Des plus larges festins‖ dévastateur ardent,Il s’assied, et le vin‖ au délire impudentLui dicte un long amas‖ d’équivoques obscènes ;Puis, d’un proverbe impur‖ ajustant quelques scènes,Il court, saute, s’agite,‖ en son accès bouffon,Mieux que n’eût fait un singe‖ élève du bâton ;Mais désormais à peine‖ il suffit à sa gloire,On se l’arrache, il court‖ de victoire en victoire.Chacun de ses refrains‖ fait des recueils fort beaux ;Il attache une tête‖ aux bouts rimés nouveaux,Aux droits litigieux‖ de plusieurs synonymesIl sait même assigner‖ leurs bornes légitimes.Bientôt chez tous les sots‖ on sait de toute partJusqu’où vont ses talents ;‖ que lui seul avec artNoue une obscure énigme‖ au regard louche et fade ;Hache et disloque un mot‖ en absurde charade ;Construit, tordant les mots‖ vers un sens gauche et lourdLe Janus à deux fronts,‖ l’hébété calembour.Il prédit un chef-d’œuvre.‖ En huit jours il entasseDe songes monstrueux‖ une effroyable masse ;De grands mots l’un à l’autre‖ unis avec horreur ;Et d’un vers forcené‖ la sauvage fureur ;Partout, comme au théâtre‖ Oreste parricide,Il tourne sous le fouet‖ de l’ardente Euménide ;Comme Penthée, il voit‖ le sinistre appareil,Et d’une double Thèbe‖ et d’un double soleil.Il ne tient pas à lui,‖ dans ses barbares veilles,Que, de peur de l’ouïr‖ se bouchant les oreilles,Phœbus n’aille bien loin,‖ nous quittant pour jamais,Oublier de parler‖ la langue des Français.Et déjà sur sa foi‖ se fatiguant d’avance,La renommée annonce‖ un prodige à la France,Et nous fait, par ses cris,‖ à l’attendre venir,Perdre haleine et sécher‖ d’un curieux désir.Au silence bientôt‖ il saura la réduire.Son livre avec orgueil‖ au jour vient se produire :Tout se tait. Son grand nom‖ soudain est effacé.Dans son style âpre et lourd,‖ de ronces hérissé,Il roule tout fangeux,‖ il s’agite, il se traîne.Je le quitte vingt fois ;‖ je le reprends à peine.Et j’admire et je ris,‖ si d’un tour plus heureuxParmi tout ce chaos‖ surnage un vers ou deux ;Et nous en rions tous.‖ Et lui-même, peut-être,Rit d’un siècle ignorant‖ qui peut le méconnaître.Ah ! le sage craintif,‖ que l’avenir attend,Est de ses grands succès‖ moins sûr et moins content.Sa retraite longtemps‖ le voit dans le silence,A bien faire, épuiser‖ sa docte vigilance.Tout roseau, tout caillou,‖ tout chaume est écartéQui troublerait un peu‖ le cristal argentéDe son style riant‖ de grâce et de nature,Doux, liquide, et semblable‖ à l’onde la plus pure.Il amollit ce mot‖ qui devenait trop dur ;Il éclaircit la nuit‖ de ce passage obscur.Ce vers faible chancelle,‖ il accourt, il l’étaie ;Il voit tout son poème.‖ Il le tâte, il l’essaie,S’il est sévère et doux ;‖ s’il n’y faut rien changer ;S’il coule sur un fil‖ délicat et léger.A force d’effacer‖ et d’effacer encore,D’avoir en travaillant‖ joint le soir à l’aurore,Quand son ouvrage mûr‖ sans broncher, sans périr,Sur un pied ferme et droit‖ peut enfin se tenir,Il tente le hasard,‖ et sa modeste plumeLaisse échapper au jour‖ un timide volume.Alors un juge expert,‖ dans un prudent écritQue le jour, la semaine‖ ou le mois a produit,S’assied, prend sa balance‖ inflexible et subtile :Nous pensons, nous croyons.‖ — Juge vain et débile,Si votre cœur s’embrase‖ au vrai souffle des arts,Eh bien ! que tardez-vous‖ d’offrir à nos regards,Dans quelque noble essai,‖ leur empreinte suprême ?Nul n’est juge des arts‖ que l’artiste lui-même.L’étranger n’entre point‖ dans leurs secrets jaloux.Sur un art qui vous fuit‖ et se cache de vous,De quel droit pensez-vous,‖ croyez-vous quelque chose ?Le sourd va-t-il à Naple,‖ aux chants du Cimarose,Marquer d’un doigt savant‖ la mesure et le ton ?L’aveugle, se fiant‖ aux pas de son bâton,Dans les temples de Rome,‖ au palais de Florence,Vient-il trouver cent fois,‖ contempler en silenceLa toile où Raphaël,‖ ivre d’âme et de feu,A fait sur le Thabor‖ étinceler un Dieu ?Celle où du Titien‖ la main suave et fineA fait couler le sang‖ sous une peau divine ?
Certes, pour un auteur,‖ c’est un fardeau bien lourd,Que d’avoir à souffrir‖ un juge aveugle et sourd,Son ignare gaîté,‖ ses ineptes censures,Ses éloges honteux,‖ pires que ses injures.Que dis-je ? il voit partout‖ lui fondre sur les brasMille ennemis nouveaux‖ qu’il ne connaissait pas :Des tartufes haineux‖ que sa liberté blesse ;Des grands seigneurs altiers,‖ leurs valets, leur maîtresse,Tel corps obscur et vain‖ qu’il n’aura point vanté ;Maint sourcilleux auteur‖ qu’il n’aura point cité ;Et l’exil, les douleurs,‖ les mépris, l’indigence ;Et d’un plat Cicéron‖ l’outrageuse éloquence,Calomniateur grave,‖ oracle du palais,D’embonpoint et d’hermine‖ et d’ignorance épais.Voilà ce que l’on trouve‖ où l’on cherche la gloire.Tels sont les doux sentiers‖ du temple de mémoire.Mais encore est-ce tout ?‖ N’a-t-il pas quelque appuiQui soutienne ses pas‖ et marche devant lui ?Des appuis !… En est-il‖ qui s’offrent au mérite ?Il se tait, il se cache,‖ il est seul dans sa fuite.Ou bien pour compagnons‖ il a quelques amisComme lui studieux,‖ doux, modestes, soumis.La médiocrité‖ souple, adroite et subtile,Va sous des bras puissants‖ se chercher un asile,Les encense, leur plaît,‖ les dispose à loisir.Eux qui pensent bien faire,‖ ivres d’un sot plaisir,Pour tuer le bon grain‖ que leur présence effraie,Prêtent partout un aide‖ à la stérile ivraie.Ils aiment tous les arts ;‖ ils en font leur étude.Trois heures chaque jour‖ laissés en solitude,Ils pensent. D’un système‖ ils dictent des leçons ;Ils font de grands discours,‖ de petites chansons ;Ils attendent l’instant‖ qu’une illustre couronneDoit les asseoir au Louvre‖ au quarantième trône.Et quand ils dormiront‖ d’un sommeil éternel,Leur successeur viendra,‖ dans un jour solennel,Pleurer un si grand homme‖ aux arts si favorable ;Perte, hélas ! qui sans lui‖ serait irréparable.Que s’ils n’égalent point‖ ces hommes excellentsQui font métier de l’art,‖ professeurs des talents…— Qui font métier de l’art !‖ Oui, le génie en FranceEst un poste, une charge,‖ un bureau de financeCertes, je le veux croire ;‖ et je vois que le roiNe les a point nommés‖ à ce sublime emploi.Ils ne professent point‖ les arts ni le génie.De rimer, de penser,‖ leur inepte manie,Soit ignorance entière‖ ou soit zèle pour eux,Les fait du premier sot‖ admirateurs pompeux.Que de vrais fils du ciel,‖ s’offrant à la lumière,Viennent, sans y songer,‖ les rendre à leur poussière,Soudain le trouble est mis‖ dans leurs petits travaux,Leur insolent orgueil‖ les regarde en rivaux.Bientôt sots protecteurs‖ vont semer les alarmes ;Courent, volent partout ;‖ partout lèvent les armes ;Pour leurs chefs idiots‖ criant, prêchant, plaidant ;Outrés contre un esprit‖ sublime, indépendant,Qui sous leurs plats regards‖ a refusé de naître ;Qu’eux-mêmes prôneraient‖ s’il daignait les connaître,Mais qui, d’un juste orgueil‖ armant son noble front,De leur appui burlesque‖ a rejeté l’affront.Ah ! je plains bien les arts‖ quand un sot qui les aimeOse les protéger,‖ les cultiver lui-même ;Et que pour ennemis‖ ils ont de sots auteurs,Et de sots protecteurs‖ et de sots amateurs !Sans doute j’aimerais,‖ puisque tels sont leurs vœux,Que, de leurs beaux talents‖ noblement amoureux,D’une main clairvoyante,‖ aux poètes sublimes,Les grands sussent offrir‖ des faveurs magnanimes.J’aimerais mieux qu’en eux‖ bornant tous leurs désirs,Trouvant en eux leur prix,‖ leur gloire, leurs plaisirs,Les talents plus altiers‖ n’eussent d’autre pensée,Que de suivre à grands pas‖ leur route commencée,Sans jamais s’informer,‖ mendiant leurs regards,S’il est des grands au monde‖ ou s’ils aiment les arts.Car, au moins, plût au ciel‖ que des sots sans génie,Seuls, eussent fait des arts‖ l’injuste ignominie !Mais si de grands esprits,‖ par des travers grossiers,Presque au niveau des sots‖ s’abaissent les premiers ;Si l’on voit des mortels‖ longtemps simples, modestes,Étaler en un jour‖ des changements funestes ;Chez un roi, chez un prince‖ en un jour installés,Soudain ouvrir leurs cœurs‖ si longtemps recélés ;Leur front, de ses bontés‖ que leur génie encense,Emprunter une abjecte‖ et risible insolence ;Méconnaître, du sein‖ de ces brillants tréteauxOù l’étalent aux yeux‖ ses Mécènes nouveaux,Des amis dont jadis‖ la tendresse empresséeA consolé longtemps‖ sa muse délaissée,On peut juger très mal‖ et de prose et de vers ;Mais l’honnête homme est juste,‖ il voit tous ces travers :De tes décisions‖ l’arrogant laconisme,Tes éclats ricaneurs,‖ appuis d’un froid sophisme ;D’un silence affecté‖ l’importante hauteur,A quelque ouvrage lu‖ par un confrère auteur ;Une froideur haineuse‖ en tes regards écrite ;D’un éloge fardé‖ la contrainte hypocrite.Et si, du moins, encor‖ des juges délicats,En méprisant ton cœur‖ dont tu fais peu de cas,Admiraient, comme toi,‖ tes talents, ton ouvrage,Tu souscrirais sans peine‖ à cet heureux partage.Mais peu savent assez‖ distinguer leurs mépris,Et n’y point avec toi‖ confondre tes écrits ;Et ne point mesurer‖ par toi, par ta faiblesse,De tes productions‖ la force et la noblesse.Peu savent en deux parts‖ diviser l’écrivain :Grand et sublime auteur,‖ homme petit et vain.
Chant troisième La république des lettres
Il n’est que d’être roi‖ pour être heureux au monde.Bénis soient tes décrets,‖ ô sagesse profonde !Qui me voulus heureux,‖ et, prodigue envers moi,M’as fait dans mon asile‖ et mon maître et mon roi.Mon Louvre est sous le toit,‖ sur ma tête il s’abaisse,De ses premiers regards‖ l’orient le caresse.Lit, sièges, table y sont‖ portant de toutes partsLivres, dessins, crayons,‖ confusément épars.Là, je dors, chante, lis,‖ pleure, étudie et pense.Là, dans un calme pur,‖ je médite en silenceCe qu’un jour je veux être ;‖ et, seul à m’applaudir,Je sème la moisson‖ que je veux recueillir.Là, je reviens toujours,‖ et toujours les mains pleines,Amasser le butin‖ de mes courses lointaines :Soit qu’en un livre antique‖ à loisir engagé,Dans ses doctes feuillets‖ j’aie au loin voyagé ;Soit plutôt que, passant‖ et vallons et rivières,J’aie au loin parcouru‖ les terres étrangères.D’un vaste champ de fleurs‖ je tire un peu de miel.Tout m’enrichit et tout‖ m’appelle ; et, chaque cielM’offrant quelque dépouille‖ utile et précieuse,Je remplis lentement‖ ma ruche industrieuse.Une pauvreté mâle‖ est mon unique bien.Je ne suis rien, n’ai rien,‖ n’attends rien, ne veux rien.Quel prince est libéral,‖ et quel est méchant homme,Est un soin qui jamais‖ ne troublera mon somme.
Les éloges pompeux‖ d’hyperbole échauffés ;Les bâillements muets‖ en silence étouffés ;L’orgueil distrait et morne‖ et l’oblique satireA la louange amère,‖ au perfide sourire ;L’ignorance capable‖ au ton grave et prudent ;L’envie à l’œil pervers,‖ qui, d’une noire dent,Se mord, en écoutant,‖ sa lèvre empoisonnée ;L’engoûment aux gros yeux,‖ à la bouche étonnée ;Puis, bel esprit nouveau,‖ cent beaux esprits soudainVous tâteront le flanc,‖ l’épigramme à la main.Je ne suis point armé ;‖ je présente l’olive :La paix, messieurs, la paix ;‖ je crains et je m’esquive,Dès que sur un visage‖ éclatent à mes yeux,D’un nez railleur et fin‖ les plis malicieux.
Rien n’égale la morgue d’un homme revêtu de quelque magistrature littéraire.
Quoique souvent, hélas !‖ à ses tristes enfants,Il ait, comme Priam,‖ survécu trop longtemps ;Que ses yeux tout en pleurs‖ aient, devers l’ombre noire,Vu passer dès longtemps‖ le convoi de sa gloire ;Que, son obscurité‖ le cachant aux affronts,Lui seul de ses écrits‖ ait retenu les noms.Loke, Hume, Shaft’sbury,‖ ni Pope, ni Rousseau,Platon que pas à pas‖ Cicéron accompagne,Le vertueux Charron,‖ ni le sage Montagne,N’ont point connu d’Alcide‖ assez grand, assez fort,Car les auteurs fameux,‖ d’envie inquiétés,Ne se livrent point tous‖ à ce plaisant délireD’orgueil colère et franc‖ dont l’excès nous fait rire.Il en est, et plus d’un,‖ qui, craignant les mépris,Met à nuire tout l’art‖ qu’il met dans ses écrits ;S’observe, écoute, voit,‖ jamais ne se déchaîne ;Ménage son honneur‖ et satisfait sa haine ;Qui, de tout sot vénal‖ industrieux ami,Et de tout noble esprit‖ soupçonneux ennemi,Jaloux de régner seul,‖ tremblant pour sa couronne,Vrai sultan, ne veut point‖ de frère auprès du trône ;Sous vos pas, en riant,‖ sème un piège inconnu ;Tue et ne s’arme point,‖ frappe sans être vu ;Et, dans ses vils succès‖ d’hypocrite vengeance,Vous plaint tout haut du mal‖ qu’il vous fait en silence.Mais d’envie et de fiel‖ si ses vers sont livides,Mais s’il vend sans pudeur‖ aux tyrans homicides,Lui, sa dignité d’homme,‖ et le sort des humains,Son livre pour jamais‖ est tombé de mes mains.D’un style ingénieux‖ que sa fertile adresseRépande autour de lui‖ la grâce enchanteresse,Ce fleuve pur et clair‖ décèle et trahit mieuxUn fond noir de poisons‖ qui repousse les yeux.la raison à nos yeux ......................................................Montrant la vérité,‖ mais comme dans un songe,Nous réveille asservis‖ sous les nœuds du mensonge.Qu’elle nous laisse au moins,‖ sans fiel et sans aigreur,Nous chatouiller en paix‖ d’une flatteuse erreur,Puisqu’en nous prescrivant‖ ce que nous devons faire,Elle ne donne point,‖ impuissante et sévère,La force d’obéir‖ à ses pénibles lois.La folie a du bon.‖ Dans Athène, autrefois,Certain fou, chaque jour,‖ descendait au Pyrée ;Nul vaisseau, dans le port,‖ ne faisant son entrée,Qu’il ne s’en crût le maître ;‖ et, rendant grâce aux cieux.Il allait, il courait.‖ « Ah ! c’est toi ? Par les Dieux,Je n’espérais plus voir‖ ta poupe couronnée.Quoi ! les blés en Égypte‖ ont manqué cette année ?Vins de Crète ? fort bien.‖ C’est de l’argent comptant.Bon ! mes draps de Milet‖ sont beaux. J’en suis content.Oh ! si l’on me reprend‖ sur ces mers de Sicile !…Çà, je ne garde plus‖ ce pilote inhabile. »Ses amis, effrayés‖ d’un mal aussi nouveau,Épuisent Anticyre‖ à purger son cerveau.Plein enfin d’ellébore,‖ et redevenu sage,Il pleure : « O mes amis !‖ vantez bien votre ouvrage,Dit-il, vous me tuez.‖ Votre art empoisonneurGuérissant ma folie,‖ a détruit mon bonheur. »Est-ce la main d’Achille‖ ou celle de ThersiteQui, du sage Centaure‖ exerçant les leçons,D’Orphée aux Grecs oisifs‖ fait entendre les sons ?Phœbus près d’Alexandre‖ a respiré la guerre ;César peut négliger‖ le sceptre de la terre,Au trône des talents‖ sans crime il sera roi.Aux Gaulois belliqueux‖ les muses font la loi.Par l’espoir de leurs chants‖ Athène est transportée.Sparte suit aux combats‖ la lyre de Tyrtée.Eschyle, dans le sein‖ de son docte repos,Entend frémir Bellone‖ et le cri des héros,Il part ; et quand Neptune a chassé .................Ces flots de bataillons‖ que vomissait l’Euphrate,Toujours de gloire avide‖ et d’honneur amoureux,Il vole, il offre aux Grecs,‖ que rassemblent leurs jeuxSa jeune Melpomène‖ éclatante de charmes.Elle pleure ; on admire,‖ et la Grèce est en larmes ;Et sur ce front blanchi‖ sous les casques guerriers,De la docte victoire‖ attache les lauriers.Les tyrans sont vainqueurs ;‖ leur audace hautaineVa, sous des jougs de fer,‖ accabler Mitylène :Que fais-tu, fier Alcée ?‖ Elle attend ton secours.Il a vu sa détresse ;‖ il quitte ses amours,Ses muses et ses bois‖ et ses fraîches naïades ;Son bras secoue au loin‖ le thyrse des Ménades ;Le bouclier, l’épée,‖ et la lance et le dard,Éclatent dans ses mains‖ et servent d’étendard.Déjà tout est vaincu ;‖ déjà la tyrannieSous un glaive pieux‖ meurt honteuse et punie.Tout trempé de sueurs‖ et tout poudreux encor,Couvert de son armure,‖ il prend sa lyre d’or :Il dit ces fiers Titans,‖ leurs fureurs orgueilleuses,Les meurtres, le carnage‖ et les morts glorieuses ;Aux citoyens tombés‖ les justes cieux ouverts,Et l’ardent Phlégéton‖ dévorant les pervers ;Et l’avenir fameux‖ promis à la vaillance.On se presse, on accourt.‖ Tout Lesbos, en silence,Admire son génie‖ égal à sa vertu,Et l’écoute chanter‖ comme il a combattu.
Un jeune poète soi-disant.
D’abord d’un pied timide‖ il tente le chemin.Un petit cercle ami‖ déjà lui tend la main.Il badine, et l’on rit ;‖ il disserte, il censure ;Son nom sous un quatrain‖ brille dans le Mercure ;Dès lors il est poète,‖ et comme tel cité,Et bientôt, comme tel,‖ en tous lieux présenté.Il se vante, on le berne ;‖ il se plaît à son rôle ;Il se dit un grand homme,‖ on en croit sa parole ;On protège sa pièce,‖ on y bâille, on y dort ;On court à sa rencontre‖ au moment qu’il en sort ;On l’embrasse. A souper‖ retenu dès la veille,Ses couplets impromptus‖ au dessert font merveille.Tous, même avant qu’il parle,‖ admirent chaque mot ;Et tous, eu l’admirant,‖ savent qu’il n’est qu’un sot.D’un épais Turcaret‖ la vanité stupideAu Phœbus affamé‖ vend un appui sordide,Digne et sot protecteur‖ d’un plus sot protégé.De là, plus d’un faquin‖ en Mécène érigé ;Et tant de vils rimeurs,‖ tant de fades grimaces ;Tant d’ineptes écrits,‖ lettres, vers ou préfaces,Dégoûtant par leur style‖ et par leurs lâchetés,Jusques aux plats Midas‖ qui les ont achetés.Ah ! ce manège obscur‖ aux palmes poétiquesNe guida point les pas‖ de nos maîtres antiques.Dans les bras d’Apollon‖ leur naissance accueillieAvait été trempée‖ aux eaux de Castalie.Les abeilles d’Attique,‖ épiant leur sommeil,Avaient, en flots de miel‖ sur leur bouche docile,Fait couler une voix‖ et suave et facile.Et d’un vol généreux‖ se fiaient à leurs ailes.
Ils ne furent point vus,‖ clients ambitieux,Assiéger dès l’aurore‖ un seuil impérieux,Et des tristes fadeurs‖ d’un hommage servileFatiguer les dédains‖ d’un satrape imbécile.Ils n’allèrent jamais‖ chez un riche hébétéAvilir des talents‖ l’auguste dignité,Rendre une humble visite‖ à sa table opulente,Flatter de ses Laïs‖ la bêtise insolente,Caresser ses discours‖ d’un œil approbateur,Et vendre à ses bons mots‖ un sourire menteur.Même à la cour des rois,‖ peu soucieux du trône,Le vieillard de Téos‖ de roses se couronne ;Toujours amant, toujours‖ des grâces entouré,Et de vin, et de joie,‖ et d’amour enivré,Porte après le banquet,‖ voluptueux Socrate,Un front riant et libre‖ aux jeux de Polycrate.A Rome, il est trop vrai,‖ de sublimes talentsAu second des Césars‖ prodiguèrent l’encens ;Mais Auguste à leurs yeux‖ fit oublier Octave.Tous furent ses amis,‖ nul ne fut son esclave.Horace près de lui‖ d’un emploi fructueuxSut refuser la pompe‖ et le joug fastueux ;Virgile sans regret,‖ loin des palais du Tibre,Se choisit, près de Naple,‖ une retraite libre.Beaux lieux ! que de ses feux‖ encor dissimulésLe Vésuve en fureur‖ n’avait point désolés !Mais attachés aux grands‖ par un lien crédule,Combien tous deux, pourtant,‖ sont loin de mon Tibulle !Il ignore les cours ;‖ l’amour et l’amitiéDe son cœur, de ses vers,‖ occupent la moitié.Messala, Némésis‖ et Néère, et Délie,Sont les rois, sont les dieux‖ qui gouvernent sa vie.Riche, il jouit sans faste,‖ et non pour éblouir ;De la pauvreté même‖ il sait encor jouir.Sans regretter cet or,‖ ni ces vastes richesses,Ni de ces longs arpents‖ les fécondes largesses,Auprès de son foyer‖ la molle oisivetéEndort dans les plaisirs‖ sa douce pauvreté.Vrai sage, non, jamais‖ tu n’as pu te résoudreD’aller au Capitole‖ et d’adorer la foudre.Les césars, ni les dieux‖ n’ont de foudre pour toi.Sur un lit amoureux,‖ doux témoin de ta foi,Tu te ris de l’orage‖ et des vents en furie,Et presses sur ton sein‖ le sein de ton amie.Seule, de ta carrière‖ elle embellit le cours ;Son souvenir, loin d’elle,‖ a soutenu tes jours ;Elle-même fila‖ de sa main fortunéeCette trame si belle‖ et sitôt terminée ;Elle sut, quand la mort‖ te frappait de ses traits,Sous d’amoureuses fleurs‖ déguiser tes cyprès ;Ses baisers suspendaient‖ ton âme chancelante,Et tu tenais sa main‖ de ta main défaillante.Hélas ! qu’ainsi ne puis-je‖ obtenir du destinA cette douce vie‖ une si douce fin !
Toi, que le Pinde admire,‖ et que Sulmo vit naîtreDes leçons de Paphos‖ et l’exemple et le maître,Quand aux glaces du Pont‖ il éteint ton flambeau.Oses-tu sur l’autel‖ élever ton bourreau ?Tes muses à genoux‖ vont t’avouer coupable ;Elles vont, caressant‖ sa main inexorable,Trahir ton innocence,‖ et ta gloire, et l’honneur.Ces Scythes qui t’aimaient,‖ qui plaignaient ton malheur,A recevoir son joug‖ c’est toi qui les prépares.Ta lyre apprend les sons‖ de leurs lyres barbares ;Et, d’un vers étranger‖ au Parnasse romain,Consacre ta bassesse‖ aux rives de l’Euxin !Vois Gallus, de la cour‖ comme toi la victime,Préférer à l’opprobre‖ une mort magnanime.Vois Catulle, de fiel‖ abreuvant ses pinceaux,Défier de César‖ la haine et les faisceaux.Plus qu’eux tous outragé,‖ ton courroux dissimule.Tu peux contre un tyran‖ armer le ridicule ;Ou du fier Archiloque‖ exhaler les fureurs,Et teindre de son sang‖ tes ïambes vengeurs ;Non, sans pouvoir t’atteindre,‖ il te glace de crainte.Tu le hais ; et ta haine‖ est bornée à la plainte.Tu pleures, sans savoir,‖ trop digne de ton sort,Souffrir, ou te venger,‖ ou te donner la mort !…Oui, te venger. Je sais‖ que nul ne peut, sans crime,Braver les justes lois‖ d’un pouvoir légitime ;Non ; mais il ne faut pas‖ qu’un injuste oppresseur,Qu’éleva sous le dais‖ le meurtre et la noirceur,Puisse à son gré lancer‖ ou l’exil ou les chaînes ;Du nom sacré des mœurs‖ autoriser ses haines ;Flétrir la probité,‖ les grâces, les talents ;D’un faible infortuné‖ proscrire les vieux ans ;Savourer ses douleurs,‖ ses craintes, son silence,Et se rire à loisir‖ de sa lâche innocence.Qui que tu sois, mortel‖ pour l’Olympe formé,Et d’un rayon plus pur‖ en naissant animé,Souviens-toi qu’un cœur libre‖ est l’ami de la gloire.La tache d’un opprobre‖ obscurcit sa mémoire.Aux pieds de la fortune‖ et de ses fiers épouxAvilir ses exploits,‖ c’est les effacer tous.Respecte la vertu,‖ les lois, le diadème ;Mais sache aussi toujours‖ te respecter toi-même.Du vulgaire surtout‖ dédaigne la faveur.Il traite de folie‖ une mâle vigueur.Hibou nocturne, il fuit‖ l’aigle et son vol céleste ;Tant d’éclat l’importune ;‖ il envie, il déteste,Et feint de mépriser‖ de sublimes esprits,Dont il voit que lui-même‖ excite les mépris.Il adore des dieux‖ dont leur fierté se joue ;Ils ont fui des écueils‖ où toujours il échoue ;Il hait de son naufrage‖ un grand homme sauvé,Trop au-dessus de lui‖ par la gloire élevé.
« Pourquoi, disait le chêne,‖ à mon large feuillageImprimer de ta dent‖ le lent et faible outrage !Insecte ridicule.‖ Eh ! dis-moi, songes-tuQue d’un souffle tu meurs,‖ à mes pieds abattu ?— Oui, dit en écumant‖ la chenille rampante,Oui ; mais à t’insulter‖ ma haine se contente ;Ta gloire me déplaît.‖ Ton front impérieuxMéprise ma bassesse,‖ et mon œil envieux ;Et je voudrais pouvoir,‖ à force de morsures,Venger de ce mépris‖ les sanglantes injures. »
Ce n’est pas que, souvent‖ à l’éloge réduit,Le peuple ne leur porte‖ un hommage séduit.Le fourbe, l’imposteur,‖ l’ambitieux, l’avareQuelquefois devient juste,‖ et se plaît à vanterCette même vertu‖ qu’il prit soin d’éviter.Il conte à sa famille,‖ au banquet réunie,Des sages, des héros,‖ et la mort et la vie ;Aristide, et son nom,‖ et sa noble candeur ;Socrate, et la ciguë ;‖ et, le vil délateur,Au nom de ces Romains,‖ fiers de leur indigence,Libres de l’or des rois,‖ riches de tempérance,Il s’écrie, il se plaint‖ qu’à nos jours ténébreuxN’ont point lui de ces temps‖ les astres généreux.Cependant il intrigue,‖ et sa main clandestineFlatte un ami tranquille‖ et creuse sa ruine ;Ou ses hardis vaisseaux,‖ déjà loin de nos ports,Vont de l’Inde à vil prix‖ acheter les trésors ;Ou pour lui l’Amérique,‖ à nos mœurs façonnée,Ravit les noirs enfants‖ de la triste Guinée ;Ou bien un bruit répand‖ que Séjan, près du roi,A laissé, par sa mort,‖ un précieux emploi.Tous briguent cet honneur.‖ Mais de l’art, du génie,L’or, des amis vendus,‖ un peu de calomnie,Pourront, du temple obscur‖ d’où partent les succès,Parmi tout ce concours‖ faciliter l’accès.Rien ne lui coûtera.‖ Nul soin, nul stratagème.Il part. En un moment‖ redevenu lui-même,Il oublie à jamais‖ d’importunes chansons.Fier même d’insulter‖ ces rustiques leçons,Abandonnant les sots‖ à leurs vertus stériles,Il se fait un honneur‖ de ses crimes utiles.
Tel l’arbuste pervers,‖ à sa fange attaché,Croit et glisse en rampant‖ sous la terre caché.Qu’un enfant le délie,‖ et, d’une main habile,Redresse avec effort‖ sa tige difficile :Tant qu’il est retenu,‖ vaincu par son appui,Il cède, et vers le ciel‖ s’élève malgré lui.Mais, essayant toujours‖ ses racines esclaves,Pour peu qu’il ait senti‖ relâcher ses entraves,Il redouble sa lutte,‖ et, prompt à s’échapper,Se rend au vil penchant‖ qui le force à ramper.
Versification
- Forme
- Distiques
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiques
- Mots à la rime
- a fleurs / sœurs masculine, classiqueb asile / bile féminine, classiquec allumés / envenimés masculine, classiqued amère / sanguinaire féminine, classiquee eaux / Despréaux masculine, classiquef Racine / divine féminine, classiqueg poissons / leçons masculine, classiqueh empire / admire féminine, classiquec palmiers / lauriers masculine, classiquei génie / manie féminine, classiquej travers / vers masculine, classiquek inquiète / poète féminine, classiquel obéir / haïr masculine, classiquem contraires / littéraires féminine, classiquen tumultueux / vertueux masculine, classiqueo honore / encore féminine, classiquep tour / cour masculine, classiqueq ensemble / s’assemble féminine, classiquer cris / débris masculine, classiques veilles / oreilles féminine, classiquet s’applaudit / l’interdit masculine, classiquek poète / trompette féminine, classiqueu mots / héros masculine, classiquen présomptueux / eux masculine, classiquev d’avance / science féminine, classiquew bras / pas masculine, classiquex laissée / risée féminine, classiqueu mots / sots masculine, classiquey descendre / cendre féminine, classiquez romains / vains masculine, classiqueh écrire / lire féminine, classiquea blessé / hérissé masculine, classiqueb profanes / ânes féminine, classiquec lui / d’ennui masculine, classiqued lui-même / problème féminine, classiquea admiré / défiguré masculine, classiquee soupçonneuse / épineuse féminine, classiquef raison / poison masculine, classiqueg incertaines / haines féminine, classiqueh rois / voix masculine, classiquej haïssent / retentissent féminine, classiquek imprévus / connus masculine, classiquel compte / honte féminine, classiquec ampoulés / accablés masculine, classiquev silence / indulgence féminine, classiquef prétention / ambition masculine, classiqueh déchire / s’admire féminine, classiquex alarmée / renommée féminine, classiquel l’avenir / s’ouvrir masculine, classiqued faire / carrière féminine, classiquea tenter / l’exécuter masculine, classiquem mémoire / gloire féminine, classiquec lauriers / meurtriers masculine, classiquen jalouses / d’épouses féminine, classiquea engager / étranger masculine, classiqueo connaître / peut-être féminine, classiquet réduit / fuit masculine, classiqueh martyre / dire féminine, classiquer écrits / prix masculine, classiqueq vivre / livre féminine, classiquen nœuds / d’eux masculine, classiquem gloire / mémoire féminine, classiquem croire / l’histoire féminine, classiques excellents / talents masculine, classiquet sublime / pusillanime féminine, classiquea chanter / imiter masculine, classiqueu nomme / homme féminine, classiquek vertus / plus masculine, classiquev enflamme / l’âme féminine, classiquec assez / effacés masculine, classiquev l’offense / l’ignorance féminine, classiquec appui / lui masculine, classiqued sincère / salaire féminine, classiquea l’adversité / fierté masculine, classiqueb inutile / facile féminine, classiquez souverains / alexandrins masculine, classiquee ingénieuse / harmonieuse féminine, classiqueo maître / paraître féminine, classiquew ardent / impudent masculine, classiqueg obscènes / scènes féminine, classiquef bouffon / bâton masculine, classiquem gloire / victoire féminine, classiquee beaux / nouveaux masculine, classiquex synonymes / légitimes féminine, classiquey part / art masculine, classiquez fade / charade féminine, classiquep lourd / calembour masculine, non classiqueb entasse / masse féminine, classiquec horreur / fureur masculine, classiqued parricide / Euménide féminine, classiquee appareil / soleil masculine, classiquef jamais / Français masculine, classiquev d’avance / France féminine, classiquel venir / désir masculine, classiqueh réduire / produire féminine, classiquea effacé / hérissé masculine, classiqueg traîne / peine féminine, classiquen heureux / deux masculine, classiqueo peut-être / méconnaître féminine, classiquew attend / content masculine, classiquev silence / vigilance féminine, classiquea écarté / argenté masculine, classiquei nature / pure féminine, classiquej dur / obscur masculine, classiquek l’étaie / l’essaie féminine, classiquea changer / léger masculine, classiqueo encore / l’aurore féminine, classiquel périr / tenir masculine, classiquel plume / volume féminine, classiquet écrit / produit masculine, classiqueb subtile / débile féminine, classiquem arts / regards masculine, classiqued suprême / lui-même féminine, classiquen jaloux / vous masculine, classiquep chose / Cimarose féminine, classiquef ton / bâton masculine, classiquev Florence / silence féminine, classiqueq feu / Dieu masculine, classiquef fine / divine féminine, classiquea lourd / sourd masculine, classiquer censures / injures féminine, classiques blesse / maîtresse féminine, classiquea vanté / cité masculine, classiquev l’indigence / éloquence féminine, classiquec palais / épais / inquiétés masculine, classiquet mérite / fuite féminine, classiquer amis / soumis masculine, classiqueb subtile / asile féminine, classiquel loisir / plaisir masculine, classiquek effraie / ivraie féminine, classiqueu étude / solitude féminine, classiqueg leçons / chansons masculine, classiquev couronne / trône féminine, classiquee éternel / solennel masculine, équivalentex favorable / irréparable féminine, classiquev France / finance féminine, classiquey roi / emploi masculine, classiquen eux / pompeux masculine, classiqued lumière / poussière féminine, classiquee travaux / rivaux masculine, classiquez alarmes / armes féminine, classiquew plaidant / indépendant masculine, classiqueo naître / connaître féminine, classiquea front / l’affront masculine, classiqued aime / lui-même féminine, classiquea auteurs / amateurs masculine, classiquen vœux / amoureux masculine, classiquex sublimes / magnanimes féminine, classiqueb désirs / plaisirs masculine, classiquex pensée / commencée féminine, classiquem regards / arts masculine, classiquei génie / ignominie féminine, classiquec grossiers / premiers masculine, classiquec modestes / funestes féminine, classiquec installés / recélés masculine, classiquev encense / insolence féminine, classiquee tréteaux / nouveaux masculine, classiquex empressée / délaissée féminine, classiquej vers / travers masculine, classiquet laconisme / sophisme féminine, classiquec hauteur / auteur masculine, classiquet écrite / hypocrite féminine, classiquew délicats / cas masculine, classiqued ouvrage / partage féminine, classiquer mépris / écrits masculine, classiques faiblesse / noblesse féminine, classiquee l’écrivain / vain masculine, classiquef monde / profonde féminine, classiquey moi / roi masculine, classiques s’abaisse / caresse féminine, classiquem parts / épars masculine, classiquev pense / silence féminine, classiquel m’applaudir / recueillir masculine, classiqueg pleines / lointaines féminine, classiquea engagé / voyagé masculine, classiquem rivières / étrangères féminine, classiquee miel / ciel masculine, classiquee précieuse / industrieuse féminine, classiquee bien / rien masculine, classiqueu homme / somme féminine, classiquec échauffés / étouffés masculine, classiqueh satire / sourire féminine, classiquew prudent / dent masculine, classiquex empoisonnée / étonnée féminine, classiquee soudain / main masculine, classiqueg l’olive / m’esquive féminine, classiquen yeux / malicieux masculine, classiques enfants / longtemps masculine, classiquem noire / gloire féminine, classiqueg affronts / noms masculine, classiqueh accompagne / Montagne féminine, classiqueh délire / rire féminine, classiqueg déchaîne / haine féminine, classiquec ami / ennemi masculine, classiquei inconnu / vu masculine, classiquev vengeance / silence féminine, classiquej livides / homicides féminine, équivalentez humains / mains masculine, classiques adresse / enchanteresse féminine, classiquen mieux / yeux masculine, classiquek songe / mensonge féminine, classiquec aigreur / erreur masculine, classiqued faire / sévère féminine, classiqueh lois / autrefois masculine, classiquex Pyrée / entrée féminine, classiquen cieux / Dieux masculine, classiquex couronnée / année féminine, classiquew comptant / content masculine, classiqueb Sicile / inhabile féminine, classiquel nouveau / cerveau masculine, classiqued sage / ouvrage féminine, classiquec empoisonneur / bonheur masculine, classiqueg leçons / sons masculine, classiqued guerre / terre féminine, classiquey roi / loi masculine, classiquex transportée / Tyrtée féminine, classiqueu repos / héros masculine, classiquen amoureux / jeux masculine, classiquez charmes / larmes féminine, classiquec guerriers / lauriers masculine, classiqueg hautaine / Mitylène féminine, classiquem secours / amours masculine, classiquen naïades / Ménades féminine, classiqueo dard / d’étendard masculine, classiquei tyrannie / punie féminine, classiquep encor / d’or masculine, classiqueq orgueilleuses / glorieuses féminine, classiquej ouverts / pervers masculine, classiquev vaillance / silence féminine, classiquei vertu / combattu masculine, classiquee chemin / main masculine, classiquei censure / Mercure féminine, classiquea cité / présenté masculine, classiquer rôle / parole féminine, classiquet dort / sort masculine, classiqueu veille / merveille féminine, classiquev mot / sot masculine, classiqued stupide / sordide féminine, équivalentea protégé / érigé masculine, classiquew grimaces / préfaces féminine, classiquec lâchetés / achetés masculine, classiquex poétiques / antiques féminine, classiquei accueillie / Castalie féminine, classiquee sommeil / ailes masculine, classiqueb docile / facile féminine, classiquen ambitieux / impérieux masculine, classiqueb servile / imbécile féminine, classiquea hébété / dignité masculine, classiquez opulente / insolente féminine, mixtec approbateur / menteur masculine, classiquev trône / couronne féminine, classiquea entouré / enivré masculine, classiquea Socrate / Polycrate féminine, classiques talents / l’encens masculine, classiqueb Octave / esclave féminine, classiquen fructueux / fastueux masculine, classiquec Tibre / libre féminine, équivalentec dissimulés / désolés masculine, classiqued crédule / Tibulle féminine, classiquea l’amitié / moitié masculine, classiquei Délie / vie féminine, classiquel éblouir / jouir masculine, classiquee richesses / largesses féminine, classiquea oisiveté / pauvreté masculine, classiquef résoudre / foudre féminine, classiquey toi / foi masculine, classiquei furie / amie féminine, classiquem cours / jours masculine, classiquex fortunée / terminée féminine, classiquef traits / cyprès masculine, classiquez chancelante / défaillante féminine, classiquee destin / fin masculine, classiqueo naître / maître féminine, classiquel flambeau / bourreau masculine, classiquex coupable / inexorable féminine, classiquec l’honneur / malheur masculine, classiqueg prépares / barbares féminine, classiquee romain / l’Euxin masculine, classiquet victime / magnanime féminine, classiquee pinceaux / faisceaux masculine, classiqued dissimule / ridicule féminine, classiquea fureurs / vengeurs masculine, classiqueh crainte / plainte féminine, classiquet sort / mort masculine, classiquet crime / légitime féminine, classiquec oppresseur / noirceur masculine, classiqueg chaînes / haines féminine, classiques talents / ans masculine, classiquev silence / innocence féminine, classiquea formé / animé masculine, classiquen époux / tous masculine, classiqued diadème / toi-même féminine, classiquec faveur / vigueur masculine, classiquei céleste / déteste féminine, classiquer esprits / mépris masculine, classiquej joue / échoue féminine, classiquea sauvé / élevé masculine, classiqued feuillage / outrage féminine, classiquei songes-tu / abattu masculine, classiquez rampante / contente féminine, classiquen impérieux / envieux masculine, classiquer morsures / injures féminine, classiquet réduit / séduit masculine, classiquea vanter / d’éviter masculine, classiquei réunie / vie féminine, classiquec candeur / délateur masculine, classiquev indigence / tempérance féminine, classiquen ténébreux / généreux masculine, classiquef clandestine / ruine féminine, classiquek ports / trésors masculine, classiquex façonnée / Guinée féminine, classiquei génie / calomnie féminine, classiquef succès / l’accès masculine, classiqued stratagème / lui-même féminine, classiqueg chansons / leçons masculine, classiquel stériles / utiles féminine, classiquea attaché / caché masculine, classiqueb habile / difficile féminine, classiquem esclaves / entraves féminine, classiquea s’échapper / ramper masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
671 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Alphonse Lemerre, éditeur, 1899· numérisation gallica.bnf.fr· Sources