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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques, 1790· Idylles

VII. « … Vous savez ou bien venez apprendre »

André de Chénier· distiques, alexandrins, 45 vers

… Vous savez ou bien venez apprendreQuels doux larcins, d’Hercule‖ insidieux rivaux,Du jeune et bel Hylas‖ firent un dieu des eaux.Le navire, éloquent‖ fils des bois du Pénée,Qui portait à Colchos‖ la Grèce fortunée,Craignant près de l’Euxin‖ les menaces du Nord,S’arrête, et se confie‖ au doux calme d’un port.Aux regards des héros‖ le rivage est tranquille ;Ils descendent. Hylas‖ prend un vase d’argile,Et va, pour leurs banquets‖ sur l’herbe préparés,Chercher une onde pure‖ en ces bords ignorés.Reines, au sein d’un bois,‖ d’une source prochaine,Trois naïades l’ont vu‖ s’avancer dans la plaine.Elles ont vu ce front‖ de jeunesse éclatant,Cette bouche, ces yeux.‖ Et leur onde à l’instantPlus limpide, plus belle,‖ un plus léger zéphire,Un murmure plus doux‖ l’avertit et soupire :Il accourt. Devant lui‖ l’herbe jette des fleurs ;Sa main errante suit‖ l’éclat, de leurs couleurs ;Elle oublie, à les voir,‖ l’emploi qui la demande,Et s’égare à cueillir‖ une belle guirlande.Mais l’onde encor soupire‖ et sait le rappeler.Sur l’immobile arène‖ il l’admire couler,Se courbe, et, s’appuyant‖ à la rive penchante,Dans le cristal sonnant‖ plonge l’urne pesante.De leurs roseaux touffus‖ les trois nymphes, soudainVolent, fendent leurs eaux,‖ l’entraînent par la mainEn un lit de joncs frais‖ et de mousses nouvelles.Sur leurs seins, dans leurs bras,‖ assis au milieu d’elles,Leur bouche, en mots mielleux‖ où l’amour est vanté,Le rassure et le loue‖ et flatte sa beauté.Leurs mains vont caressant‖ sur sa joue enfantineDe la jeunesse en fleur‖ la première étamine,Ou sèchent en riant‖ quelques pleurs gracieuxDont la frayeur subite‖ avait rempli ses yeux.

« Quand ces trois corps d’albâtre‖ atteignaient le rivage,D’abord j’ai cru, dit-il,‖ que c’était mon imageQui, de cent flots brisés‖ prompte à suivre la loi,Ondoyante, volait‖ et s’élançait vers moi, »Mais Alcide inquiet,‖ que presse un noir augure,Va, vient, le cherche, crie‖ auprès de l’onde pure :« Hylas ! Hylas ! » Il crie‖ et mille et mille fois.Le jeune enfant de loin‖ croit entendre sa voix,Et du fond des roseaux,‖ pour le tirer de peine,Lui répond une voix‖ non entendue et vaine.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
2 distiques
Mots à la rime
a rivaux / eaux masculine, classiqueb Pénée / fortunée féminine, classiquea Nord / port masculine, classiqueb tranquille / d’argile féminine, classiquea préparés / ignorés masculine, classiqueb prochaine / plaine féminine, classiquea éclatant / l’instant masculine, classiqueb zéphire / soupire féminine, classiquea fleurs / couleurs masculine, classiqueb demande / guirlande féminine, classiquea rappeler / couler masculine, classiqueb penchante / pesante féminine, classiquea soudain / main masculine, classiqueb nouvelles / d’elles féminine, classiquea vanté / beauté masculine, classiqueb enfantine / étamine féminine, classiquea gracieux / yeux masculine, classiqueb rivage / image féminine, classiquea loi / moi masculine, classiqueb augure / pure féminine, classiquea fois / voix masculine, classiqueb peine / vaine féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Alphonse Lemerre, éditeur, 1899· numérisation gallica.bnf.fr· Sources