Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
A un ane
D’où te vient le mépris, baudet ? Je le sais bien :La vanité conspue un serviteur modeste.Aussi, que je voudrais par la voix et le gesteDes pitiés de mon cœur réconforter le tien !
Quoi ! je t’accorde un cœur ? On raillera le mien.Pascal se scandalise, et Descartes proteste ;Lui, le bon La Fontaine, en riant te moleste ;Mais tout être est amour, le mépris n’y peut rien.
Fi donc ! l’âne amoureux ; ô majesté de l’homme !Doter d’un feu divin l’automate de somme !Il m’en coûtera gros chez les filles d’Adam.
Va, baudet, je t’ai vu l’échapper du villageQuand paissait dans le pré l’ânesse au fin pelage ;De tes jeunes ardeurs je connais le roman.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources