Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
Le Décaméron
Amendez vos penchants comme on soigne une terre ;Des fleurs de votre esprit composez un parterre ;Cultivez en vous-même un bois de chênes vertsOù déserter la foule à l’ombre des couverts.Dès qu’on traite en bien-fonds la conscience humaine,Le for intérieur devient le vrai domaine :On possède, ô bonheur, ses jardins réservés,Comme un prince a son parc pour les plaisirs privés ;On entend l’eau qui rit sur des lèvres d’amphores,La brise fait chanter des charmilles sonores,Et des lis dont l’éclat n’appelle pas les yeuxEmbaument pour vous seul le calme de ces lieux.— Qu’alors un noir fléau s’abatte sur la ville,Loin de la pestilence il vous reste un asile.Dans la lâche cité le crime est-il vainqueur,Émigrez en votre âme, habitez votre cœur.Les livres vos élus, prose et vers, troupe amie,Causeurs, abrégeront les jours d’épidémie ;Et, si l’amour conduit votre Décaméron,Le temps coulera d’or grâce à ce compagnon.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources