Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
Écrit a Versailles
DEVANT LE MÉDAILLON DE CIRE DE LOUIS XIV
« Nous dans ta chambre, ô roi de cire !Les roturiers, ces mal couverts,Avec le temps, pardonnez, sire,Entrent chez vous, comme les vers. »— Il a perdu le port de tète,Le front lauré par la conquête,L’air proclamant : L’État, c’est moi !Mais ceci n’est point mon affaire ;A Coysevox je m’en réfère.Et d’après Rigaud je le voiDu haut en bas superbe roi.Sous ce baldaquin couchait l’astre :Dans ce brocart l’heureux BourbonDigérait les fruits du cadastre,L’amour, la danse et le jambon,Et nos aïeux l’ont trouvé bon.Il s’éveillait toujours planèteAu sein de la pourpre et de l’or ;Il sortait selon l’étiquetteDe ces rideaux pompeux encor.Dans l’antichambre, elle, la France,Sous l’Œil-de-Bœuf, dès l’aube au guet,Derrière la porte intriguaitPour présenter la révérence.Pour être au beau, lui se droguait ;Puis il se montrait en perruque :C’était là le matin vermeil ;Et des héros baissaient la nuqueDevant ce lever de soleil !— O roturier, bête de somme,Vais-je à mon tour traîner son char,Prendre aussi, moi, ce faux bel hommePour un nec pluribus impar ?
33 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources