Poésie de Charles coran, 1887· De 1873 a 1878
Envoi d’une plume d’aigle
A Mme …
Voilà trente ans qu’en un voyageSur les hauteurs du mont PerduJ’ai pris ce bout d’aile au plumageD’un aigle en sa mort étendu.
Mon respect se mit à lui dire :« Dépouille du roi de ces lieux,J’entends vous donner, pour écrire,A la main d’un victorieux.
Trente ans j’ai suivi les faits d’armes :J’ai vu couler les plus beaux sangs,J’ai vu surtout couler des larmes,Pas un héros sortir des rangs.
Et je cherchais encor naguèreMon batailleur au front lauré,Pour lui porter après la guerreLa plume de l’oiseau sacré.
Mais elle est lasse de l’attenteD’un glorieux digne du choix ;J’écoute un désir qui la tenteD’aller, madame, entre vos doigts.
Vous qui dédaignez la conquêteDe vos ardents adorateurs,Inaccessible à la tempêteComme l’aigle sur ses hauteurs, —
Pour repousser les fous hommagesRecevez ce bout d’aile altier ;Qu’à se jouer dans les oragesIl reprenne enfin son métier.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources