Poésie de Charles coran, 1887· De 1873 a 1878
L’écrevisse a la bordelaise
J’ai cuisiné sur de la braiseQu’allumaient les feux de l’Amour ;J’ai su poivrer, comme Véfour,L’écrevisse à la Bordelaise.Des dames, chacune à son tour,En ont goûté, ne vous déplaise.
Éros, — venu de CharentonPour m’aider un peu, je suppose, —Chez Ninon, mais d’abord chez Rose,Me transformait en marmiton :Seulement la métamorphoseManquait d’un bonnet de coton.
Le matin de nos Lupercales,J’allais avec des gants froissésPrendre vivants les crustacés.Dans les cuves des Grandes Halles.—Je retiens de ces temps passésQuelques scènes originales.
Un jour (je m’y connaissais bien),J’avise, avant tout, la marchandeLa plus accorte, et je demande :« Douze des plus belles, combien ?—Si tu veux, répond la gourmande,Mangeons-les ensemble pour rien. »
M’est avis que vous pouvez croireQue le bonhomme d’à présent,Appuyé, maussade et pesant,Sur un jonc à pomme d’ivoire,Faisait un gars assez plaisantVers la date de cette histoire.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources