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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésie de Charles coran, 1887· De 1873 a 1878

Ma vigne folle

Charles Coran· 44 vers

Seul avec le Décaméron,J’ai paressé trois jours à l’ombreSous le treillis de mon perron.Je sors guéri d’un penser sombre.

Je redeviens horticulteurDans cet enclos d’au moins un mètre,Où, durant mes jours de lecteur,La pousse a pu tout se permettre.

Et d’abord tâchons de savoirOù veut aller la vigne viergeQue maintenait dans le devoirUn fil de fer droit comme un cierge.

Pour découvrir, pour écouterLes secrets de la moindre chose,Il me suffit de lui prêterMon brin d’esprit ; vite, elle cause :

« Où courez-vous les bras au vent ?Répondez tôt, mademoiselle.—Je fuis ton berceau, mon couvent,Afin de m’amuser, dit-elle.

—Pourtant ce frais treillage en croixVous convient mieux qu’un grand parterre— Tu n’es pas fort, si tu me croisBonne à garder ton monastère.

— Osez-vous bien rompre mes nœuds,Trahir les soins de ma serpette !— Recluse, hélas ! contre mes vœux,Je prends la poudre d’escampette.

— Quitter un maître si bénin,Vous une vierge, ô mon élève !— Appeler vierge une nonnainQu’à ta barbe grise on enlève !

— Un rapt chez moi ! Quelles façons !Qui vous souffle pareille audace ?— Eh ! mon compère, tes leçons :Ces temps-ci tu m’as lu Boccace. »

Mais j’aperçois le ravisseur,Un liseron qui, par la grille,L’enlace et l’attire en douceur.Sauvons la vertu d’une fille !

Et pour mieux avoir le dernier,Assis devant la vigne folle,Lisons le Parfait JardinierD’un ton pédant, comme à l’école.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources