Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869
Mon cas
J’erre le long des murs, distrait, préoccupé,Songeur sous les bords noirs d’un grand feutre râpé.Un trouble évidemment m’opprime.
Le bourg s’émeut. Chacun rumine sur son seuil,Consulte les voisins, et, me suivant de l’œil,A découvrir mon but s’escrime.
On se rassemble, « Oui-da ! fait le bedeau, je croisQu’il marmotte un Pater là-bas, devant la croix :Méfions-nous, c’est une frime.
— Il sent, dit le barbier, que vous l’examinez ;Il grimace, il descend son chapeau sur son nez :J’ai compris, le malin se grime.
— Voulez-vous mon avis ? répond l’instituteur ;Rôder de ce pas-là dénonce un malfaiteur :Ce vagabond médite un crime.
— Non, réplique l’huissier, il l’a déjà commis ;Les forçats évadés ont cet air : mes amis,Livrons-le, nous aurons la prime. »
Vient la maréchaussée ; on l’instruit de mon cas…J’erre, étranger toujours à ce plaisant tracas ;Mais, derrière, la garde trime.
Tant qu’enfin, sur la place, un gendarme endurciM’arrête en s’écriant : « Que faites-vous ici ?— Brigadier, je cherche une rime. »
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources