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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésie de Charles coran, 1887· De 1867 a 1869

Réponse au poète de la flute de pan

Charles Coran· 48 vers

L’envoi de votre épître, André, m’a confondu ;Et dire qu’aussitôt je n’ai pas répondu !Savant favorisé des douceurs de la Muse,Sachez que j’ai Babet, ma bonne, pour excuse.Le moyen, s’il vous plaît, d’écrire un beau merci,Quand chez moi dès l’aurore elle entre ?… La voici !« Que voulez-vous, Babet ? — Monsieur, c’est une lettre,On attend la réponse. » Ami, veuillez permettre…

Cependant, j’ai juré de rimer ce matinPour vous, ad hominem, comme dit le latin.— André, la terre endure encor des tyrannies ;Mais les cieux sont purgés de leurs mauvais génies,L’empyrée est à nous ! Je veux, pour mon débet,Vous offrir un voyage en ballon… « Quoi, Babet ?— Le pain bénit, monsieur, qu’un bedeau vous apporte. »J’y vais, mon cher savant, pour les mettre à la porte.

J’apprêtais un voyage au gaz. — Gens d’ici-bas,Montons où les Très-Hauts ne nous attendaient pas ;Dans ma coque d’osier soumise à l’hydrogène,Nous allons, la pantoufle au pied, libres de gêne,Naviguer, vieux garçons qu’aucun nœud ne retient.Lâchez tout ! mon caprice… Hélas ! Babet revient.« Monsieur, le cordonnier apporte vos bottines. »Lefèvre, pardonnez, ce sont là mes matines.

Je disais : Lâchez tout ! — Or, que faire en ballon ?Fils de Lucrèce, enseigne un neveu de Villon,Apprends-lui, l’œil au ciel, les secrets de l’espace ;Et, penché vers la ville à voir ce qui s’y passe,Je te raconterai des amoureux surprisA travers les vitraux des maisons de Paris…Toujours Babet ! « Monsieur, jetez vos dix centimes :L’aveugle est dans la cour. » Ami, j’y perds mes rimes !

Je reprends : Oui, je veux qu’en l’air, dans mon panier,Dialogue un épique avec un chansonnier :L’un chantera l’amour, et l’autre, une genèse ; —Gageons qu’un gai produit sort de cette antithèse.Je me sens d’une humeur à rimer sans effort :Je commence… « Ah ! Babet, pour le coup, c’est trop fort !— Monsieur, vite, accourez ; ma serine va pondre ! »Cher poète, jugez si je puis vous répondre.

Enfin, l’humble limeur vous adresse ces vers,Tels quels, et par Babet cause de leurs travers.Vous, que j’entends d’ici moduler sur la flûteQu’en son jeu sans défauts nul souci ne rebute,Excusez de ses couacs mon pauvre galoubet.— Mais on frappe chez vous, on entre : c’est Babet.Goûtez à votre tour du caquet de ma bonne,Et plaignez-moi, mon bon, ou bien… je vous la donne !

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources