Poésie de Charles coran, 1887· De 1873 a 1878
Rembrandt
Dans l’alcôve où la mort m’atteindra, nuit profonde,L’Estampe aux cent florins va remplacer Joconde.Toujours tu m’attirais, solitaire Van Ryn,Car jamais ma gaîté n’alla sans un chagrin.Songeur qui fais causer la lumière avec l’ombre,Assiste de ton art cet esprit tendre et sombre,Grand chercheur de soleil durant ses jours heureux,Qui finit dans le spleen en oiseau ténébreux.Le Vinci sait combien j’adorai Mona Lise ;Mais enfin quel vieillard n’a son tableau d’église ?Si bien que pour tes gueux pris d’austère amitié,Au clou de mon amour je suspends la pitié.« Adieu, Joconde ! adieu, ma nourrice du Louvre !Sois paterne, Rembrandt, si parfois je découvre.Les reflets de Florence errants sous tes lueurs.Jusque clans cette image abîme de douleurs.Alors tends-moi Jésus le thaumaturge honnêteCe pauvre guérisseur avait le ciel en tête ;Tu l’as rendu si doux, qu’en lui criant merciJe sentirai l’Estampe endormir mon souci.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources