Poésie de Charles coran, 1887· L’empire A J.-F. Thénard
Le prisonnier
Mars 1871.
La nuit endormait nos discordes ;Seul, j’errais dans le noir faubourg.Arrive au pas, étrange et lourd,Un prisonnier lié de cordes,Grondant, clochant, courbant le frontSous le poids d’un pareil affront.Avec des longes de ficelleLe tirait une haridelleQui, l’oreille basse, elle aussi,Semblait songer : « Qu’est-ce ceci ? »Deux traînards en tunique bleueEscortaient le sombre vaincu,L’un en avant, l’autre à la queue,D’un air, hélas ! peu convaincu.Leurs fusils couchés sur l’épauleSe renversaient, honteux du rôle ;Et leurs képis et leurs souliers,Avachis d’une façon drôle,Les raillaient de la tête aux pieds.O lugubre caricature !Si Daumier passait d’aventure !— Ce prisonnier bourru, grognon,C’était un malheureux canonQue chipaient par un soir sans luneDeux caporaux de la Commune.— Pris d’une tristesse sans nom,Je disparus dans la nuit brune.
27 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources