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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésie de Charles coran, 1887· Les familiales A la mémoire De mon vaillant et regrette gendre Léon Godard

Mes petits-enfants

Charles Coran· 42 vers

Ainsi, j’aurai vécu, jusqu’en mes derniers jours,Pour l’unique agrément d’une bande d’Amours.Jadis, c’était le soir, au-dessus de ma tête,Sans pitié pour mes nuits, que commençait la fête.Les ai-je assez soufferts leurs tortis, leurs flambeaux,Leurs flèches !… abrégeons : j’en appelle aux tableauxOù Boucher les dévoile agitant leurs emblèmesAvec ces airs pillards qui sont partout les mêmes ?De sorte que trente ans j’amusai ces messieurs.Puis, leur volage essaim me laissa : j’étais vieux.Délivré, j’allais donc prendre enfin ma retraite,Me construire une paix par aucun bruit distraite,Me nourrir de lecture ; ô suprêmes douceurs !Mais déjà les fripons tramaient d’autres noirceurs :Ils ont pris vos atours, bébés de ma famille ;Ils m ’arrivent cachés sous vos cottes de fille,Non pas au vol le soir, mais à pied le matin,Et s’abattent sur moi, leur facile butin.« Dieu me préserve, Amours, de souffler un reproche !C’est égal, je comprends, vous fouillez dans ma poche ;Qu’y cherchez-vous ? Parbleu ! du sucre, mes joufflus.Pillez grand-père ; au moins vous n’échapperez plus. »Désormais je les tiens, là, devant mes besicles,Sans flèches ni tortis — inutiles articles, —Sans flambeaux, — je crois bien, des flambeaux, à quoi bon,Le matin, pour trouver dans ma veste un bonbon ? —Et sans ailes ; tant mieux, ces choses-là trahissent ;En retour, des chaussons dont les pas me ravissent,Ces pas de Cupidons à peine accoutumésAu parquet trop glissant sous leurs jeux déplumés.Ils ne sont plus que trois, Dieu merci pour ma chambre !Autrement, quel enfer de janvier en décembre !N’ont-ils pas écorché mes cannes — leurs dadas, —Barbouillé mes auteurs de prétendus soldats,Attelé par le cou ma chatte à leur voiture,Panaché mon tapis d’encre et de confiture !O mes joncs, mes auteurs, Minette, mon tapis !« Enfants, vous m’ennuyez ! — Toi, grand-papa, tant pis ! »Et si je veux crier : « Pierre ! Adrien ! Cécile ! »Ils grimpent sur le dos de l’aïeul indocile.— Oui, je le disais bien, jusqu’en mes derniers jours,Bon gré, mal gré, j’amuse une bande d’Amours.

1877

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources