Poésie de Charles coran, 1887· Les familiales A la mémoire De mon vaillant et regrette gendre Léon Godard
Réponse a une lettre de mes filles
Février. Beaulieu-sur-Mer.
A la minute parvenuVotre billet est déjà lu,Et j’écris le mien. De la sorteDe loin nous devisons comme de porte à porte.
Vous dites : « Soigne ta santé ;Vis de soleil, comme en été.Ici l’on gèle… » — Que répondre ?Je vois dans ce Paris vos enfants se morfondre.
« Sur le rivage de BeaulieuLa mer balance un flot si bleu !Fête l’azur… » — D’où je me place,Je vois là-bas Cécile hésiter sur la glace.
« Dans le jardin de ta villaL’orange est mûre, en miel déjà ;Hume tes fruits… » — Et de mon siège,Je vois là-bas trembler Adrien sous la neige.
« La violette et l’églantierT’embaument l’air et le sentier ;Jouis des fleurs… » — Je fais la moue :Je vois là-bas mon Pierre au dégel dans la boue.
« Sur les hauteurs qu’aiment tes pas,Pour les mamans et les papasTrouve des vers… » — Mais que c’est triste,Sur ce pavé là-bas de chercher votre piste !
« Et pour gâter les chers petits,Rapporte en mars des fruits confits.Adieu, papa !… » — Bonjour, mes filles !…J’ai cru me voir là-bas rentré dans vos familles.
1878.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources