Poésie de Charles coran, 1887· Les familiales A la mémoire De mon vaillant et regrette gendre Léon Godard
X. Reste telle
Mai.
Ton charme est le produit d’un climat tempéré.Qu’au Midi, l’ananas se donne pour superbe !Nous, à l’Ouest, préférons le fraisier qui dans l’herbeSous un humble buisson se dérobe ignoré.
J’ai couvert ton printemps de l’ombre de ma vie ;Ta fleur fut la gaîté de mon destin obscur.Mais un jour le passant découvre le fruit mûr,Et toi, nubile un jour, tu me seras ravie.
Pour attirer le choix, compte sur ta candeur.Rappelle ingénument le don propre à la fraiseDe flatter l’odorat sans causer de malaise :Exhale tes vertus, comme elle son odeur ;
Et modeste pendant de ta sœur bocagèreQui laisse aux ananas les vains repas de corps,Arrive à ton mari sous de naïfs dehors,Comme elle à ton goûter sur la simple fougère.
D. É.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources