Poésie de Charles coran, 1887· L’empire A J.-F. Thénard
Un jour de te Deum
Quand les fourbes sont couronnés,Battez, tambours ! cloches, sonnez !Aux plus adroits offrez vos fêtes.Mais vous, innocents tambourins,Et vous, clochettes sans parrains,Dans le bercail charmez les bêtes.
Je hais la cloche et le tambour :Au bruit d’un fort ou d’une tourMon cœur ne sent rien qui s’éveille.Sur les prés, sur le boulingrin,La clochette, le tambourinHantent doucement mon oreille.
Si dans la tour, au fond des trous,La cloche évoque les hiboux,Je maudis l’Église et le Diable.Si la clochette du bélierConduit le troupeau familier,Je rêve à Virgile, à la Fable.
Que le tambour du régimentAppelle avec son roulement,Je flaire une odeur de caserne.Que le berger donne un signalSur son tambourin pastoral,Je crois respirer la luzerne.
De commander vienne mon tour :Plus de cloche ébranlant la tour !Je veux que l’airain de ses lèvres,Flatteur de rois, traître à son Dieu,Passé de nouveau par le feu,Chante en clochettes pour les chèvres.
Je veux, par un décret vengeur,Bannir le tambour tapageur :Soldat, qu’attendent les fougères,Regagne au pays ton troupeau ;Brise ta caisse, et sur la peauTambourine pour les bergères.
D. É.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources