Poésie de Charles coran, 1887
A la fenêtre
Sur mon balcon le renouveauM’attire. — En face, un store s’ouvre,Et je découvreUn fin tableau.J’ai dû voir cette dame au Louvre…Est-ce un Watteau ?
Dieu, la gentille Colombine !Dans une cagette d’osier,Sous un rosier,Son doigt lutineUn bouvreuil qui tend le gosier.« Bonjour, voisine ! »
La voisine a cligné les yeux,Puis, soudain, fermé sa fenêtre.— Amour, mon maître,J’espérais mieux !Pour un autre elle ouvrait peut-être ;Las ! je suis vieux.
Les jours inscrits sur mon visageDisent trop bien mes cinquante ans.Ce contre-tempsMe rendra sage ;Qu’avais-je à viser le printempsDans ce corsage ?
Je suis triste comme un cercueil ;J’en veux de ma mésaventureA la nature.Lui, le bouvreuil,De sa tonnelle en miniatureSiffle mon deuil.
Ne rêvons plus aux demoiselles.J’ai le cœur lourd comme un boulet,Le corps replet,Et de faux zèles.Hélas ! quand Ninon m’appelait,J’avais des ailes.
Il m’arrive tous les malheurs ;Je perds les yeux : d’ici, la rueParaît fondue,Forme et couleurs ;L’air est troublé : qu’ai-je à la vue ?L’eau de mes pleurs !
Bonhomme, évite la risée.Colombine écarte un rideau ;Prends ton chapeau,Fuis la croisée ;Va courtiser le vrai WatteauAu vieux Musée.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources