Poésie de Charles coran, 1887
A une jeune amie
Sans vous valoir, il vous a plu :Un notaire avait dressé l’acte.L’indigne aujourd’hui se rétracte ;Sa maîtresse n’a pas voulu.
Que parlez-vous, mademoiselle,De vieillir seulette à Paris ?Quoi ! vous jugez tous les marisSur un sot qu’un rat ensorcelle.
Attendons, pour nous alarmer,Que le pays des belles choses,Des joyaux, des bonbons, des roses,Cesse, un matin, de les aimer.
Vous resterez célibataireDans la ville des fins bijoux,Quand, méprisés des jolis cousSes rubis traîneront par terre.
Vous blanchirez sous le dédain,Quand Lutèce, aux lèvres gourmandes,Laissera moisir les amandesChez le confiseur Siraudin.
Et vous mourrez vierge revêcheDans ce Paris, fou de bouquets,Quand ses amoureux freluquetsMolliront d’une rose fraîche.
Aux soupirants plus de répit !Bijou, bonbon, fleur que vous êtes,Prenez les cœurs, troublez les tètes. —Que l’autre en crève de dépit !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources