Poésie de Charles coran, 1887
Homme de rien
Je jette un regard en arrièreSur les détours de ma carrière :Hors des chemins que de faux pas !Puis, jugeant ma propre personne,Je me trouve, à l’heure qui sonne,Un inconnu ne comptant pas.
Je pouvais, gonflé de moi-même,Prétendre au laurier d’un poème,Né petit, m’inspirer des grand-.Lorsqu’à s’enfler chacun s’excite.J’ai trouvé plus sage et liciteDe chanter perdu dans les rangs.
Fallait-il quémander des placesPour me cambrer devant les glaces,Galonné d’or sur bleu turquin ?Je remplirais trop mal mes rôles ;Mon reflet, levant les épaules,Dans les miroirs dirait : — Faquin !
Courez, messieurs de la boutique,Après l’honneur problématiqueDe vous pendre un ordre au côté ;J’aime autant à ma boutonnièreUne rosette jardinière,Et, sous mon frac, de la fierté.
Mais qui donc me fermait la Bourse ?Avec l’argent de cette sourceJ’éblouirais les envieux.Ailleurs j’ai tenté la fortune :Gagner les faveurs de plus d’uneVaut bien l’opulence à mes yeux.
Si pourtant j’allais à la messe ;Le tarif me fait la promesseQu’à ma mort j’aurais les serpentsDeux suisses, cent flambeaux, vingt prêtres,La musique des meilleurs maîtres.Non, damnez-moi, sans les dépens !
Disciple ignoré d’Épicure,J’irai seul vers ma tombe obscure.Quant à l’âme du trépassé :L’immortalité, c’est la gloire ;De quel droit oserais-je y croire ?Mais… Requiescat in pace !
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources