Poésie de Charles coran, 1887
Au souvenir de Brizeux
Barde qui crus aux nombres,Quitte à ma voix les ombres.Reviens des séjours sombres ;
Je t’ai conduit exprèsOù te relire au fraisDans l’herbe, sur un grès.
En retrouvant Marie,J’évoque ta patrie ;J’entre à la métairie.
Tes Bretons m’ont chez eux ;Sans préambule oiseux,Soupe avec moi, Brizeux :
Prenons ton ordinaire,Poète doctrinaire,Et trinquons en ternaire.
La nappe est de fil brun ;Mais tu sais, comme aucun,Ennoblir le commun. !
la vaisselle est d’argile ;Toi, formé par Virgile,Orne ici le fragile.
La miche, ferme aux dents,Par ton levain dedansFlatte les goûts prudents ;
Et les plats de carême,Les œufs, les noix, la crèmeOnt tes saveurs que j’aime.
Le cidre, déjà vieux,Sent l’esprit des aïeux ;Il pétille ; tant mieux !
Pour dernier coup à boire,Le vin sort de l’armoire :Poète, à ta mémoire !
J’ai bu les crus d’ailleurs,Tous les vins batailleurs,Brizeux, pas de meilleurs !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources