Poésie de Charles coran, 1887
Mon gout
A Madame
Oui, j’ai le goût altier et je mets pour l’honneurL’artiste vrai plus haut que le plus grand seigneur ;Mais en des lieux communs si l’art se vulgarise,Beaucoup applaudiront ; souffrez que je méprise.Esprit fier, mon pareil, pouvez-vous m’en blâmer,Vous si dure au banal, si froide avant d’aimer ?Vous, rétive où la foule inepte s’extasie,Vous, moqueuse du bien selon la bourgeoisie,Vous qui fuyez l’encens des sots complimenteurs,J’approuve vos dédains, excusez mes hauteurs :Pensez que mes loisirs, guidés par la Joconde,Conseillés par Vénus, ont vu le meilleur monde ;Que dans mes plus beaux jours Mozart fut de moitié,Que le pur Raphaël est ma sainte amitié.Puis, quand vous entendrez quelque vain optimisteCombattre mes rigueurs pour un vil réaliste,Songez qui vous admire, et ne m’accusez plusDe n’occuper mon goût qu’aux mépris absolus.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources