Poésie de Charles coran, 1887
Le bain de poppée
Dans ses pinces, noir forgeron,Tacite étreint le cœur sauvageDe la femelle de Néron ;Moi, je lisserai son pelage.
Poppée avait si blanche peauQue pour les soins de cet ivoireTrois cents ânesses en troupeauDonnaient leur lait à sa baignoire.
Quand ses matins las de l’amourChassaient un mortel de sa couche,Le vaisseau d’albâtre à son tourTentait sa nudité farouche.
Souvent un caveau ténébreuxCachait l’homme, enfoui sous terre ;Elle dans l’ovale amoureuxRéparait les nuits d’adultère.
Rome lâche la vit régner :Le sang coulait sur un mot d’elle.Nous, regardons-la se baigner :Le lait perle sur sa mamelle.
Livrez sa statue au bourreau,Passez ses bustes par les armes ;Mais quels tons fins pour un tableauDans ce lait câlinant ces charmes !
Et quel triomphe pour la chairAu sortir de ce pur laitage !Vénus ne sort que de la mer,L’impératrice a l’avantage.
Souvenir en vain détesté !Sous ses ablutions de crèmeRayonne l’infâme beauté :« Je te hais, Popée, et je t’aime. »
Pris d’horreur, il faut bien frémir ;Elle égorgeait comme on caresse.Pourtant j’aurais osé dormirSur la peau de cette tigresse.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources