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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésie de Charles coran, 1887

Un papillon

Charles Coran· 34 vers

la même

Ce papillon fixé par une épingle d’or.Sans vous le vert Royat l’hébergerait encore.Je l’ai trouvé sauvage et fuyant mes approches,Blotti sous les buissons, caché parmi les roches ;Combien j’assouplissais mes pas devenus lourdsPour aborder enfin ses ailes de velours !Mes doigts se faufilaient plats comme des couleuvresToujours il m’échappait, plus prompt que mes manœuvresLas de perdre avec lui mes peines de chasseur,Aux ruses d’avocat j’empruntai la douceur ;Je lui dis : « Papillon qu’on ne pourrait trop plaindreÉgare dans ce site obscur, pourquoi me craindre ?Plutôt accordons-nous ; j’offre de vous logerA Paris, dans de l’or où vous dédommager.Parfumé, mollement étendu sur la soie.Vous goûterez l’honneur d’être un bijou qu’on choie. »Et ma main s’avançait, et l’amoureux des fleursVolait plus loin, jaloux de garder ses couleurs.L’obstiné, votre ami, que la poursuite éclaire,Sentait s’exaspérer son besoin de vous plaire ;Aussi, l’ambition m’emmiellant le gosier,Je repris : « Papillon, cherchez-vous un rosier ?En effet, votre place est sur le front des roses :Eh bien, j’en connais une… » et j’ajoutai des chosesQue vous n’entendiez pas ; mais lui, sensible au miel,Se croyait emporté vers le cinquième ciel.Alors, je m’engageai, de façon qui m’oblige,A le mener bientôt voir ce fameux prodige ;Et comme encor craintif il regardait mes doigts,Je levai l’autre main et vous nommai trois fois :Vite, il se laissa prendre au piège de ma lèvre ;Et le voilà chez vous, monté par un orfèvre.— Pour qu’il ne soit pas dit que je manque à mes vœux,Placez mon prisonnier, belle, sur vos cheveux.

34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources