Poésie de Charles coran, 1887
Orgie de roses
ÉCRIT AU PIED D’UN BUISSON
Les fleurs des bois font les tisanesChez les droguistes bien pensants ;Mais pour les bourdons peu décentsElles servent de courtisanes.
Rendez-vous d’un essaim goulu,Ce rosier n’est qu’un lupanaireOù chaque rose, à l’ordinaire,Favorise un amant velu.
J’en vois un, mordoré, superbe.Venu sans doute incognito,Par des détours, sous un manteau ;Ce doit être un prince de l’herbe.
Ce beau seigneur luxurieuxCourt les buissons de tolérance,Comme autrefois un Fils de FranceS’émancipait en mauvais lieux.
Mon bourdon bourdonnant débaucheUne rose encor vierge hier :Le gros buisson, pas du tout fier,Leur tend son ombre, à droite, à gauche.
La fleur — un bouton ce matin —Dans l’alcôve ouvre son corsage ;Le bourdon la met au pillage.Est-il content, le libertin !
Que n’ai-je un chalumeau rustique !Sans trop savoir comme on s’en sert,Je voudrais donner un concertA ce personnage érotique.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources