Poésie de Charles coran, 1887
Protestations contre la rose de nattier
Dans ma chambre, où mon passé reste,Comme en mon âme, presque entier,J’entends chaque objet qui protesteContre la rose de Nattier.
Faisant face à mon lit c’est d’abord la Joconde,Ma nourrice autrefois, qui maintenant me grondeDépravé tant qu’il vous plaira,Mon enfant, vous aurez beau dire,Sous mes traits vous avez su lire ;L’art florentin vous sauvera. »
Sur ma table, debout, imitant Mona Lise,A son tour la Vénus de Milo moralise :« Repens-toi, traître aux dieux païens !Courtisan des pures images,J’ai reçu tes premiers hommages ;Je t’ai souri, tu m’appartiens. »
Puis, dans le secrétaire où mes amours se cachent,Les médaillons mêlés aux billets doux se fâchent :« Cœur ingrat qui vous abusez,Rendez justice à vos maîtresses ;Vos vers, affamés de caresses,Que vaudraient-ils sans nos baisers ? »
Enfin, dans son coin noir, ma canne de touristeLance ses souvenirs contre le faux fleuriste :« Tu t’enlaidis, coureur des champs ;Je te suivais, mon camarade ;Sous tes frimes de mascaradeConfesse tes réels penchants. »
— « Lisa, Vénus, amours, voyages,Rabattez-en plus de moitié ;La rose menteuse, ô pitié !Prime sur vous dans mes ouvrages. »
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources