Poésie de Charles coran, 1887· De 1850 a 1854
A ma parisienne
Type de goût par la toilette,Par les attraits beauté complète,Esprit frais dans la volupté ;Toute grâce et toute décence.Parisienne, ô ma plaisance.Que tu remplis avec aisanceTon rôle heureux d’enfant gâté !
Que tu sais bien baisser ton voile,Glisser à travers une étoileUn regard qui fuit un succès !Mais quand tu me rends ton visage,Que tes yeux sont d’un bel usage !Et que j’aime alors leur langagePlus éloquent que du français !
Bien moins coquette qu’élégante.Dans la peau souple qui te ganteSauve la blancheur de tes doigts.Mais quittes-tu la peau de chèvre.Que ta main est douce à ma lèvre,Et que toujours son geste mièvreReste d’accord avec ta voix !
Ton châle turc, femme des Gaules,Cent fois plus beau sur tes épaules,Déguise la taille à dessein.Mais des plis droits que se dégageLe buste ou triomphe ton âge, —Le galbe exquis de ton corsageTrahit la jeunesse du sein.
Ton brodequin, qu’un talon hausse.D’un tissu mordoré te chausse ;O ma dame, comme il te sied !Mais sur ton pied sans bas de soieLa chair est rosée, ô ma joie !Tiens, montre-le, que je te voieChef-d’œuvre jusqu’au bout du pied.
Et comment dire, ô ma maîtresse,Sans un mot de trop qui vous blesse,Les trésors qu’il me faut cacher :La chaste forme qui se cambreSous le peignoir imprégné d’ambre,Et ces délices que ta chambreNe dévoile qu’à ton coucher ?
Les héroïnes de poèmesS’illustrent par des stratagèmes ;La gloire est plus simple avec toi :Parisienne de mes odes,Tu crains les bruyants épisodes ;Ton esprit, ta beauté, tes modes,Sans fracas, ne visent que moi.
Quand nos arts tombent en souffrance,Ninon, garde aux dames de FranceLeur aimable célébrité ;Que l’étranger, qui te devineSous le châle et sous la maline,Chapeau bas devant toi s’inclineEn jalousant notre cité.
56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources