Poésie de Charles coran, 1887· De 1846 a 1849
Chambre obscure
A Rose.
Sur le balcon as-tu trop chaud ?Rentrons dans le boudoir puisque le ciel te brûle.Notre almanach est bien nigaudD’inscrire au quinze mai ce jour de canicule.
Comme Xerxès fouettait la mer,Frappe avec ton mouchoir la chaleur qui t’agace ;Ou plutôt, Rose, empêchons l’airD’entrer par la fenêtre, il perdra notre trace.
Fermons le store et les volets ;Aide-moi, donnons-nous la fraîcheur d’une grotte.Pourquoi des habits ? ôtons-les,Et viens sur mes genoux m’écouter, je radote.
Tends les oreilles à tâtons :Dans cette obscurité nous habitons un antreTapissé de pampre en festons,Avec ce banc de mousse à nous deux, dans le centre.
Je sens tes cheveux sur mon cou ;Tu te tais, mais j’en tends comme un vague bruit d’ailes ;Serait-ce Amour le petit fou ?Non, ton sein soulevé fait trembler tes dentelles.
Et ce souffle, est-ce le Zéphyr ?Non, c’est ta douce et fraîche et délectable haleine…Par hasard, comptez-vous dormir,La belle aux bras ballants qui ne bougez qu’à peine ?
Allons, allons, c’est trop souffler ;Silence ! on va vous dire une ode, ma dernière.(— Tiens ! Rose se met à ronfler !Décidément Rosette a changé de manière.)
Inédit.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources