Poésie de Charles coran, 1887· De 1846 a 1849
La muse d’atour
A Rose
Que de recettesPour tes toilettes ;Que de secretsDans ta chimie,Femme ennemieDe tes attraits !
Quoi ! du postiche ?Ton corset triche,Ta jupe ment ;Quand par natureSous ta ceintureTout est charmant !
Que fait ce plâtreSur cet albâtre ?Mets-tu ce fardSur ce teint rosePour qu’on supposeTon sans ; blafard ?
Non : l’enfant d’ÈveBarbouille un rêveAmbitieux,Et se fagote,Petite sotteQui vise aux yeux.
Mais ta féerieAux regards crie :— Sous les couleursCraignez les rides !Craignez les videsSous les ampleurs !
Si tu veux plaire,Lave en eau claireCe vil pastel ;Vite ! et dégageDe ce corsageTon naturel.
Montre tes lignes,Comme les cygnes,Comme les lis,En robe blancheDe coupe franche,Sobre de plis.
Crois à tes charmesComme à ses armesCroit un soldat ;Puis, dans le monde,Guerrière blonde,Fais un éclat.
La femme feinte,Musquée et teinte,Te lance un fi !Mais retiens commeOn jette à l’hommeUn beau défi.
Simple tactiqueDe mode antique :Ne point s’outrer.Bientôt la foule,Qui se déroule,Vient t’admirer.
On s’émerveille.Prête l’oreilleAux bruits galants.Quel doux ramage !Rends donc hommageA mes talents ;
Car ta toiletteEut pour soubrette,Pour couturierEt pour modisteEt pour chimisteUn chansonnier ;
72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources