Poésie de Charles coran, 1887· De 1850 a 1854
Chateau de saint-germain
A ma Dame
Ninon qu’un baiser fait rougir,Près du Château, sur la Terrasse, —Vois ces oiseaux, suivons leur trace,Et d’après eux promets d’agir.
Vers le monument historiqueIls nous mènent. — Tiens, j’aperçois,Se becquetant comme sous bois,Nos guides dans les trous de brique.
Eh ! ce sont aussi des moineauxQue les baisers de nos deux bouches ;Mais quoi ! faut-il pour ces farouchesUn castel muni de créneaux ?
Puisque ta lèvre encor sauvageCherche les abris les plus sûrs,Entrons demander à ces mursLa paix de leur royal veuvage.
En traversant la noble cour,Tenons nos pierrots à l’attacheSous les ombres de ma moustache,Sous ton voile ennemi du jour.
Et puis, lançons à la volée,Dès le solitaire palier,Du bas en haut de l’escalier,Les bruyants de la troupe ailée.
Pour apprivoiser les peureux,Viens profiter des meurtrières :Dégourdissons, entre les pierres,Ces espèces de langoureux.
Glissons-nous avec les plus tendresDans la cheminée où les nidsConservent, sous des becs unis,Leurs doux feux qui n’ont point de cendres.
Cachés dans son vaste manteau,Nichons, accouplons nos caresses.Oh ! je veux que tu t’intéressesDe tout ton cœur à ce château !
Oui, gardes-en la souvenance,Pour que chez toi nos moineaux francsBecquètent sous tes rideaux blancsDes petits de sa provenance.
Mais, Ninon, c’est trop s’enfermer.Sauvons-nous ; courons sous les hêtresApprendre des oiseaux champêtresComment aux bois il faut s’aimer.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources