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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésie de Charles coran, 1887· De 1850 a 1854

Clair de lune

Charles Coran· 52 vers

Tapi sous ce balcon, j’enrage :Dame la lune est dans son plein ;Mal à propos l’astre câlinIndécemment me dévisage.

Est-ce un baiser que ce rayon ?On croirait que Phœbé m’adore.L’impatience me dévoreEn ce rôle d’Endymion.

Quelle honte ! courir sans nues.Afficher ainsi sa rondeur !Pour un rien mon peu de pudeurRougirait de ces clartés nues.

Belle virginité, vraiment !Diane, le soir, fuit le Louvre,Remonte là-haut, se découvre,Et par ennui cherche un amant.

Je vous connais, feintes avances :Pour se glisser dans un coupletOn lorgne un poète follet ;La lune est folle de romances.

Déité n’ayant plus d’autel,La vagabonde solitaireDu ciel m’implore sur la terre :« Chantez pour moi, rimeur un tel !

« Prenez en pitié ma détresse ;Je vis si triste au muséum !Couchez mon nom sur votre album,Appelez-moi votre maîtresse. »

Si la mienne n’allait venir,Je flagornerais cette blonde ;J’en dirais, comme tout le monde.Des nouveautés — de souvenir.

J’exposerais, dans un pastiche,La déesse au brillant carquois,A l’arc d’or, décochant sous boisLa flèche d’argent qui se fiche.

Je peindrais les nocturnes eauxOù la chasseresse sans voilesSe baigne avec un chœur d’étoiles, -Et le chasseur dans les roseaux.

Il me sortirait de la tète,Non pas les cornes d’Actéon,Mais cent fois pire, un vieux centonDame Phœbé me rendrait bète.

Musset, lorgné d’un œil pareil,Au point sur l’I faisait la figue ;Moi, caché là pour une intrigue,Je maudis la sœur du soleil.

Est-ce un effet de mon blasphème ?L’astre se dérobe obscurci.J’entends des pas. — Lune, merci !L’ombre convient à ce que j’aime.

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources