Poésie de Charles coran, 1887· De 1850 a 1854
Ninon
Ninon difficile à comprendre,Êtes-vous fière, êtes-vous tendre,Dites-vous oui, dites-vous non,Abusez-vous de votre nom ?Le ni-oui, qu’il faut sous-entendre,Ne fait-il qu’un avec Ninon ?
Femme tout ombre et tout mystère,Expliquez-moi, sans plus vous taire,Quel attelage ont vos amours :Des pigeons blancs, ou des vautours ?Est-ce au Tartare, est-ce à CythèreQue vont nous mener ces détours ?
M’attirez-vous de feinte en feinte,Par un ténébreux labyrinthe,Sous les griffes d’un froid orgueil ?Ou faut-il voir dans vos clins d’œilUne invite guidant l’étreinteVers les bras de votre fauteuil ?
Seriez-vous l’amante incertaineQui tient l’amant en quarantainePour l’éprouver devant le port ?Ou la nymphe qui jette un sort ?Cachez-vous, trompeuse fontaine,Sous votre onde une hydre qui dort ?
N’êtes-vous donc qu’une coquettePrenant l’amour pour sa raquetteDont mon cœur devient le volant ?Ou souffrez-vous qu’on soit galant ?Mais faut-il avec étiquetteVous enlacer d’un nœud coulant ?
Vous rougissez ; autre équivoque :Quel trouble ambigu vous suffoque’Dois-je tout craindre, ou tout oser ?M’éteindre, hélas ! ou m’embraser ?Imaginons qu’on me provoque :Ici, je risque un beau baiser…
O ma fière, à bout de prudences !Il te fallait cent évidences.De tes lenteurs aux maints replisJe sors triomphant, tu faiblis !— Ninon, reçois mes confidencesJ’ai vaincu la pudeur d’un lis.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources