Poésie de Charles coran, 1887· De 1850 a 1854
Convalescence
A Ninon.
Qui ? moi, l’aimer en frère, abjurer mon ivresse,Trahir la volupté qui m’égalait aux dieux ?Vois, mes bras sont ouverts, tends ceux de ma maîtresse,Mets ton cœur sur mon cœur et regagnons les cieux !
Renonce à m’enfermer dans un calme homicide :Ton amitié de sœur me distille un poison.C’est le sang de Nessus, réservé pour Alcide,Qu’apprête à mes désirs ton aveugle raison.
Ètre austère et vous prude : y pensez-vous, ma mie ?L’un froid, l’autre glacée : amour, y songeais-tu ?Attends ma flamme éteinte et la tienne endormiePour donner au plaisir des leçons de vertu.
Comble de tes douceurs ma bouche et mon oreille,Rends ce jour fortuné le meilleur qui m’ait lui ;Demain, s’il faut payer le bonheur de la veille,Je veux aimer le mal qui viendra d’aujourd’hui.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources