Poésie de Charles coran, 1887· De 1850 a 1854
Des ailes
A Ninon.
Que l’on est bien, couchés, le dos dans la fougèreAu-dessus de nos fronts l’hirondelle s’ébat :Tu ris ; mais de la voir passer ainsi légère,Je sens sous chaque épaule une aile qui me bat.
J’ai rêvé si souvent, dans mes nuits juvéniles,Que je vivais semblable à ces libres oiseaux,Que porté par le vent je dominais les villes,Que mon vol se mirait reflété par les eaux !
J’ai livré tant de fois mes songes à des brises,Dans les jeux favoris de mes sommeils planants !J’ai tant de fois frôlé les coqs sur les églises,Effleuré sur les tours les dragons rayonnants !
J’ai dormi si crédule, assuré de mes plumes,A bercer dans l’azur mes amours vagabonds !Qu’aujourd’hui, dupe encor de ces longues coutumes,Je crois qu’à voltiger mes membres seraient bons.
Cesse ta moquerie, ou je pars d’un coup d’aile.Mais va, je sais pourquoi tu braves mes propos :J’habiterais le ciel si j’étais hirondelle ;On est bien mieux sur terre en ce plaisant repos.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources