Poésie de Charles coran, 1887· De 1850 a 1854
Le temps me tient a sa merci
Le temps me tient à sa merci ;Est-ce un bonheur ? est-ce un souci ?Tout rayon me suscite une joyeuse envie,Tout nuage projette une ombre sur ma vie.
Vienne l’été, jours de soleil :L’ardeur me prend dès le réveil ;Dans ma pensée en fleur butinent des abeilles,Mes rêves éblouis s’enivrent sous des treilles.— Vienne l’hiver, jours de brouillard :Je me sens sur un corbillard ;La sueur du dégel pénètre mes dieux lares,Mon rêve s’est troublé, comme l’eau dans les mares.
Par un beau soir brille Vénus :Chantons les nymphes aux seins nus ;Faisons des vœux de faune à Phœbé la cornue ;Que ma dame en peignoir serait la bienvenue !— La nuit se voile : au fond des trousM’objurgue le cri des hiboux ;Un regret éveillé sous les draps me secoue.Autour de ma veilleuse un fantôme se joue.
Je suis, sous le Nord, un banni :Rendez-moi l’azur infini,Les horizons passés au bleu de L’Ionie ;Ou souffrez que ma verve ait ses temps d’atonie.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources