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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésie de Charles coran, 1887· De 1850 a 1854

Mes dieux

Charles Coran· 42 vers

Il manque une élégance à qui n’a pas d’idoles.Combien je m’appliquai pour choisir mes symboles,Avare que j’étais de mon subtil encens !Après avoir fouillé Memphis, la Grèce et Rome,Elle-même l’Asie, il m’a semblé qu’en sommeLes seuls Olympiens incarnaient le bon sens.

Et je les ai faits miens. Sur un rayon d’ébèneJ’en ai plusieurs, trouvés dans les tombeaux d’Athène.Petits, formés de terre, ils ont pourtant leur prix,Car il leur reste encor cette beauté fragileDont la nuit d’un sépulcre a protégé l’argile ;De grâce ingénieuse ils demeurent pétris.

D’abord, j’ai craint pour eux les regrets de l’AttiqueSe croyaient-ils captifs sous mon toit domestique ?Non, j’ai vite aperçu qu’ils goûtaient ce repos.Depuis qu’au nom du Christ les Grecs ont une Église,Les divins émigrés, fuyant qui les méprise,Chez un païen Gaulois ont la paix des naos.

Comme s’ils étaient d’or, mon culte les préserve ;Les fils de Phidias soignaient ainsi Minerve.Je prends mes immortels entre mes doigts pieux :Il faut me voir, soufflant sur leurs robes talaires,Lentement écarter les traces tumulaires.Sentent-ils que l’artiste idolâtre ses dieux ?

Protecteurs, en retour, des biens que je caresse,Ils sont là, bénissant l’amour dans ma maîtresse,Mon vin dans le cristal, mes vers sur le vélin.Autrefois je souffrais toujours en quelque chose ;Comme ils ont tout changé ! mes vers portent du rose,Mon vin rit, Ninon brûle, et mon bonheur est plein.

S’il m’arrive un ennui, leur gaîté me rassure ;Si l’amitié me froisse, ils pansent ma blessure.Ma dame a fait serment de ne jamais bouder ;Mais si jamais Ninon provoque une querelle,Que Cérès Éleusine, aux yeux de tourterelle.Pour ramener l’accord daigne me regarder !

Selon l’antique usage, Olympe miniature,Tu devrais, à ma mort, orner ma sépulture.Dieux, je vous interdis l’accès de mon tombeau !Vous irez vers le Louvre, aimables figurines :De mes foyers déserts passez dans ses vitrines.Et des jeux de la vie aux études du beau.

Novembre 18511

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources