Poésie de Charles coran, 1887· De 1846 a 1849· Quiproquos
II. Querelle
A PROPOS DE LA LEÇON D’INCONDUITE
Juillet 1848..
Rose, pas encor dans la confidence,Me voit sur brouillon professant la danse,Rougit, m’interpelle et sort de ses gonds :« Que dirait monsieur de mon impudence,Si je débauchais de jolis dragonsPour leur enseigner à plaire en cadence ?— Rose, je prendrais mes plus méchants yeuxEt pour t’étrangler un lacet soyeux.
— Moi qui suis trop faible et surtout trop bonne,Plus modestement je vous abandonne ;Je pars : les chevaux vont comme le vent,J’arrive à Qu’imper déguisée en nonne.Le dépit me jette au fond d’un couvent ;Si j’y meurs d’ennui, que Dieu vous pardonne !— Sœur Rose, j’accours en frère portier ;Je veux, sous le froc, garder le moustier.
— Je vous reconnais, moine ridicule.Je dis votre histoire à l’abbesse Ursule ;Et, comme on prévoit vos ruses d’enfer,Je ferme à trois tours, le soir, ma cellule,Pour dormir, sans vous, sur mon lit de fer.Vous n’entrerez pas, fussiez-vous Hercule.— Nonnette, il est tard, la lampe pâlit,Vite, couche-toi, j’attends sous le lit.
— Ne m’approchez pas, je veux rester sage.Sur un médaillon j’ai dans mon corsageLe grand saint Michel, patron de mes vœux.Abstenez-vous donc d’un nocturne outrage,Ou je me cramponne après vos cheveuxEt, Michel aidant, je vous dévisage.— Dans l’obscurité sens-tu le grand Saint ?Rose, c’est mon cœur qui bat sur ton sein. »
Inédit.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources