Poésie de Charles coran, 1887· De 1846 a 1849· Quiproquos
III. Un anniversaire
Août 1848.
Pas l’ombre d’un voisin, pas la moindre sonnette,Pas de clef sur la porte, — étrange maisonnette !— Quelqu’un frappe, on insiste, on parle. Cette voixEntre dans le logis pour la première fois :Habitants de ces lieux, savez-vous pas l’adresseD’un rimeur qui jadis eut ici sa maîtresse ?Voilà bientôt deux ans que ledit chansonnierPour Rose, ses amours, louait ce pigeonnier.Avec son art retors d’aller en ligne courbe,J’avais beau le guetter, il m’évitait, le fourbe !Mais tout finit ; songez, après bientôt deux ans !Je suis la Renommée, on m’a fait des cancans :Le monsieur, paraît-il, désormais polissonne.Je me sens sur la piste, et j’accours en personneAu domicile ancien me renseigner sur lui.Répondez, bonnes gens : où vit-il aujourd’hui ?Il s’était avisé, lui-même le raconte,De prendre à ses portiers leur fille, quelle honte !Pour lui donner un lord, quelle immoralité !Ce que Rose apprenant, Rose l’aurait quitté.Est-il donc vrai qu’au fond d’un couvent elle expieLe déshonneur d’avoir adoré cet impie ?Le lâche, oh ! si jamais je puis le découvrir ! »Et l’on frappe plus fort, et l’on voudrait ouvrir.— Une voix du dedans dit pour la Renommée :« Madame, excusez-nous si la porte est fermée ;L’auteur est à mes pieds, ne vous dérangez plusNous fêtons les deux ans aujourd’hui révolus. »
Inédit.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources