Poésies de Charles coran, 1887
A table
Notre hôte est un gourmet pour sa cave vanté.Le chambertin poudreux, qu’avec soin l’on débouche,Dans un panier oblong comme un berceau se couche,Circule ; de l’hôtesse on porte la santé.
On chante ses printemps, son esprit, sa beauté.Elle, le verre en main, de ses lèvres le touche ;Puis le cristal, gardant les lignes de sa bouche.Humide sur le bord, se place à mon côté :
Car elle est ma voisine. Alors, par une feinte,Je prends son verre et bois si bien, que mon empreinteProduit avec la sienne un baiser accompli.
L’amphitryon me raille : « Oui-da ! buveur sans tête,Pour un doigt de mon vin voilà vos yeux en fête. »J’ai replacé le verre, et la dame a pâli.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources