Poésies de Charles coran, 1887
Écrit sur un almanach des muses
Bouts-rimés, impromptus, quatrains et triolets,Vous avez eu vos jours de mondaines conquêtes,Vous avez illustré des hôtels, des palais,Versaille et Trianon vous ont donné des fêtes.
Mais il n’est plus, le temps où vous suiviez la cour,Où les petits marquis vous ouvraient les ruelles,Où les petits abbés, pour vous, plumaient l’Amour,Et trempaient dans le musc ses chatoyants bouts d’ailes.
Vous revêtiez alors un pompeux maroquin ;Vous portiez en signets la faveur rose et blanche.Au rebut désormais, vous dormez en bouquin,Avec le catogan oubliés sur la planche.
Pourtant, si vous voulez devenir un placet,Hanter bals et concerts sous forme de message,Quitter furtivement mon gant ou mon gousset,Glisser sous un mouchoir, entrer dans un corsage ;
Chanteur, et plus encor dilettante amoureux,Je veux vous rajeunir, ambrés comme mes rimes,Prêter votre manière à mes soins ténébreux,Régler sur votre ton les tendresses mes crimes.
Votre mode a passé, mais vos propos sont doux ;Vous savez contenir une galanterie :La dame qui reçoit les prières par vousLaisse ses cruautés tourner en rêverie.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources