Poésies de Charles coran, 1887
Et cependant…
Quand l’Église devient mondaineEt que l’évêque bichonnéSouffre un prie-Dieu capitonnéPour les genoux de Madeleine,Raillons la foi.Et cependant, à voir au balcon de Saint-PierreUn vieillard solennel épancher sa prièreSur la cité romaine et la planète entière,J’ai senti l’idéal en moi.
Quand le boudoir de la marquiseEncadre dans ses ors légersLes bateleurs et les bergersD’une désinvolture exquise,Fêtons Lancret.Et cependant, j’ai su contempler Michel-AngeRessuscitant les morts sur sa muraille étrange ;Tout mon être, emporté comme au vol d’un archange,De sublimité s’enivrait.
Quand le parterre à la française,Pourvu de savants jardiniers,Range les bouquets prisonniers,En rond, en ovale, en trapèze,Vantons ses fleurs.Et cependant, j’adore allonger un voyagePar les sentiers rugueux d’un fruste paysage.Loin de Naples, j’aimais, où la flore est sauvage,Affronter les pâtres voleurs.
Quand les dames sous leur ombrelle,Sous la voilette à petits pois,En équipage ornent le BoisDe leur grâce peu naturelle,Chantons l’Amour.Et cependant, j’ai mis mon cœur, j’ai mis mon âmeA graver dans mes yeux les attraits d’une femmeDont les bras moissonnaient, nus sous un ciel en flamme,La rude Terre de Labour.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources