Poésies de Charles coran, 1887
Juillet
A…
Le mois des blancs peignoirs, cher aux seins demi-nus,Juillet et ton corsage ouvert sont revenus,Belle aux rengorgements de colombe amoureuse ;Quittons dès ce matin les tapis d’Aubusson,Viens piétiner de l’herbe et froisser la moisson,Campagnarde aujourd’hui de l’école de Greuse.
Emprunte à l’Accordée un abandon coquet ;Relâche ton fichu, que j’y mette un bouquet ;Nous allons rappeler les promis de village.Exprès j’ai revêtu ma veste de chasseur ;Mais pense qu’à mon bras on te croirait ma sœur,Donnons-nous donc la main durant tout le voyage.
Pour cueillir des bluets nous suivrons les oiseauxSous les épis voûtés ; certes clans ces berceauxLes baisers défendus seront de bonne prise.Le fermier soupçonneux, qui surveille alentour,Verra frémir son blé sans deviner l’amour ;Nos plaisirs passeront pour l’effet de la brise.
Midi nous conduira vers l’ombragé Meudon.Alors, comment goûter ? parbleu, sur le gazon.L’offre te semble-t-elle un peu trop roturière ?Va, quand son chevalier propose en tapinoisLa dînette de poche à porter dans le bois,La plus marquise accepte et mange en couturière.
Où poser nos gâteaux ? mon Dieu, sur tes genoux.Quoi ! sans nappe ! empruntons ta jupe de dessous.Un arbre fournira le service de Sèvres.Aimes-tu le gibier ? les bois ont du chevreuil ;Quant au vin, j’ai choisi deux pêches de Montreuil ;Mords dedans, je boirai ma part entre tes lèvres.
Que nous faut-il encor ? N’est-ce pas ton avisQu’il faut par les sentiers des lapins seuls suivisAviser pour la sieste une étroite cachette ?Viens, je veux découvrir un réduit, mais si fraisQu’en ce mois, délectable à l’ombre des forêts,Tu trouveras mon nid meilleur que ta couchette.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources