Poésies de Charles coran, 1887
Une flamme
Chasseurs pris par la nuit, chasseurs lourds de gibier,Nous rentrons au pays par un même sentier.— Mais là-bas quelle flamme brille ?
L’un de nous, fermier, dit : « Au sommet du coteauC’est Robin, mon berger, qui garde son troupeauEn faisant bon feu, le vieux drille. »
Un marguillier répond : « Voisin, sans vous fâcher,C’est la lune qui frappe, au faîte du clocher,Le coq établi sur l’aiguille.
— Erreur, mes braves gens, objecte un magister ;Regardez-le bouger, c’est l’astre Jupiter :La nuit sera belle, il scintille. »
Notre maire intervient : « Pardon, messieurs, pardon !Ce doit être un complot, j’aperçois le brandon ;Rentrons vite, qu’on les fusille. »
Mais tout bas à mon cœur j’ai dit : « C’est un flambeau,C’est la cire qui brûle au balcon du château,Dans les mains de la jeune fille. »
Le nocturne fanal, allumé par l’amour,Avertit le chasseur qu’on attend son retour,Minuit sonnant, sous la charmille.
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources