Poésies de Charles coran, 1887
A la vénus de Milo
O belle de Milo, que sont-ils devenusTes bras, tes jeunes bras, ô ma belle Vénus ?Dis aux regrets sacrés qui troublent mes hommagesQuel pirate, abordant tes fortunés rivages,Plus dur que Diomède, arma ses lâches mainsPour frapper tes attraits délices des humains ?Faut-il que la Beauté n’ait pas su te défendre !Quoi ! le marbre — ton sang, ta chair — a pu se fendreEt Jupiter Tonnant vit le coup, et les cieuxN’écrasaient pas l’infâme à tes pieds, sous tes yeux ?Cependant ton sourire est demeuré le même,Toujours tu te complais dans ta grâce suprême.Victrix, ah ! tu fais bien d’oublier tes revers,Ces bras, ces jeunes bras, le tourment de mes vers,Puisqu’il n’est plus d’amour dont la douceur mériteQue les ouvre au plaisir la divine Aphrodite,Et qu’il n’est plus, hélas ! d’Adonis aujourd’huiPour t’entraîner, ô belle, à les fermer sur lui !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources