Poésies de Charles coran, 1887
En voyage
Vis-à-vis l’un de l’autre assis, par aventure,Nous allions vers Chatou dans la même voiture :Elle, avec son enfant, l’amusait de son mieux ;Moi, parti seul, j’avais Homère sous les yeux.Non, jamais je n’ai vu route aussi belle à suivre !Et quel enfant ! si beau que j’en quittai mon livre.La dame, heureuse alors des succès du petit,Lui caressa le front d’un baiser lent, et ditD’une voix qu’attentif je saisissais à peine :« Auguste, ouvre au monsieur tes bras pour qu’il te prenne. »Auguste, apprivoisé, passa sur mes genoux ;Si bien qu’elle, à son tour seule en face de nous,Prit mon livre et cacha son trouble dans Homère,Car sur le front du fils j’avais baisé la mère.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources