Poésies de Charles coran, 1887
A mon ami E. Boyer
Pressons l’étude, ami, puisque notre jeunesseTrop longtemps a vécu d’amusante paresse ;Hâtons l’œuvre tardive, afin que notre étéDésole nos rivaux par sa fécondité.Déjà nous avons vu se détacher des branchesLe givre printanier de nos floraisons blanches ;Pensons bien qu’avant peu l’espoir naissant des fruitsVa réclamer les soins qui prennent sur les nuits.Viens, la serpette aux doigts, tailler où l’ombre obstrueLe chemin du soleil sous la ronce bourrue ;Viens plonger l’arrosoir cent fois dans le tonneau ;Viens écraser la guêpe et chasser le moineau.Ou, si notre indolence a laissé la culturePour conter la fleurette et courir l’aventure,Que devenir plus tard, quand nos riches voisinsQuitteront leur enclos chargés de ses raisins ?Nous, pauvres, vendangeant la honte pour récolte,Où fuir ? Ne sens-tu pas ton cœur qui se révolte ?Ami, pressons l’étude, et bientôt tu verrasLes produits triomphants rayonner dans tes bras,Des jaloux envier nos richesses vermeilles,Plutus nous rire, Amour admirer nos corbeilles.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources