Poésies de Charles coran, 1887
Gourmandises
Avec bon appétit j’ai cinq francs pour dîner.Allons ; j’aurai trois plats au choix, et sucreries.Lors, j’avise, en passant devant des librairies,Un Brillât-Savarin : j’entre me le donner.Je n’ai donc plus qu’un franc ; c’est peu pour festiner.Par bonheur, mon achat est un livre à frairies :Je prends deux petits pains et chaise aux Tuileries ;Quant aux mets de mon choix, l’auteur va les soigner.J’ai seize sous de trop : richard, j’en fais l’aumône ;Puis, gourmand installé derrière une Pomone,J’ouvre sur mes genoux mon épicurien,Et, croquant le pain sec, sur les pages je mangeTurbot, truffes, faisan, fraises au jus d’orange.Non, jamais pour cinq francs on ne dîna si bien !
Inédit
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources