Poésies de Charles coran, 1887
A un jeune sculpteur
Conservez toujours sains vos honnêtes penchants ;Comme on fuit un aspic évitez les méchants ;N’aimez que la Beauté, puisque cette jalouseEst toujours une amante, et jamais une épouse,Et qu’au moindre regard tourné vers des laideursLa sévère maîtresse éveille ses pudeurs.Quand sa flamme et votre art pensent produire ensemble,Voulez-vous que leur fruit à !a mère ressemble ?Mettez dans le secret de la conceptionLes Grecs, en vous gardant de l’imitation.Bientôt vous sentirez sur votre idée en germeLes suaves contours étendre un épiderme,La vie alors surgir ; et l’œuvre harmonieuxDira que vos amours ont consulté les dieux.Aimez donc, puisqu’il faut, pour créer, que l’on aime ;Amoureux d’excellence, aspirez au suprême,Poursuivez l’idéal, et ne croyez en rienCelui qui dans le mieux voit l’ennemi du bien.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources